SPÉCIAL - Le Prix La Tribune Jeune Entrepreneur

INNOVER
INTERNET
« GOOGLE POUR LES PROS »
De la tour high-tech géante
d’Amazonie aux kits solaires de
Tanzanie. TOUR DU MONDE P. 20-21
La loi Valls sur le renseignement,
« inefficace et indéfendable », estime le
philosophe G. de Lagasnerie. P. 16
Le géant du Net entame à Lille
son tour de France 2015 en
faveur des PME-TPE. P. 22-23
DU VENDREDI 10 AU JEUDI 16 AVRIL 2015 - NO 127 - 3 €
COMMENT BPIFRANCE
MONTE EN PUISSANCE
En 2014, les financements
accordés par Bpifrance
se sont élevés à 12,5 milliards
d’euros, en hausse de 29 %.
Dans un entretien exclusif à
La Tribune, Nicolas Dufourcq,
le DG, détaille les raisons
de son optimisme. Pages 5-6
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L 15174 - 127 - F: 3,00 €
« LA TRIBUNE S’ENGAGE AVEC ECOFOLIO POUR LE RECYCLAGE DES PAPIERS. AVEC VOTRE GESTE DE TRI, VOTRE JOURNAL A PLUSIEURS VIES. »
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ENQUÊTE : LES JEUNES POUSSES À LA CONQUÊTE DU CAC 40
Start up
nation !
Les jeunes pousses ont la cote. Comment
conforter ce nouveau dynamisme entrepreneurial
et faire émerger les stars du CAC 40 de demain ?
NOTRE DOSSIER, PAGES 4 à 15
BNP Paribas, la banque des entrepreneurs et de l’innovation
© RICHVINTAGE PHOTOGRAPHY - REUTERS - FOTOLIA - DR
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I 3
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
SIGNAUX FAIBLES
ÉDITORIAL
Start-up, mon amour
À
PAR PHILIPPE
CAHEN
PROSPECTIVISTE
DR
@SignauxFaibles
L’avenir
est à la micro-usine
PAR
PHILIPPE
MABILLE
@phmabille
DR
Lorsqu’en décembre 2006, Franck
Riboud, PDG de Danone, a développé au
Bengladesh avec le soutien de Muhammad
Yunus, Prix Nobel de la paix et patron
de la Grameen Bank, spécialiste
du microcrédit, de petites usines de yaourt,
je me suis dit intuitivement que
la micro-usine répondrait aussi à un besoin
de nos mondes occidentaux. Pourquoi,
comment… je ne savais pas trop. Pourtant
de petits signaux… faibles, existaient.
Comme en Autriche, avec la coupe
des prairies d’altitude dont l’herbe donnait
un jus pour la chimie et la matière restante
était séchée et brûlée pour produire
de l’énergie. L’évidence est apparue bien
plus tard. C’est l’imprimante 3D. Elle est
une micro-usine à elle toute seule. Elle
utilise des matières premières variées
pour fabriquer des pièces en plastique,
des dents, des produits alimentaires,
des voitures et des maisons ! Elle fabrique
sur place, donc minimise les coûts et délais
de transport, fabrique à la demande
en pièce unique, économise le produit car
elle est additive et non soustractive.
Elle correspond à deux attentes de notre
époque : l’écologie et l’« open data »,
le système ouvert aux contributions
collaboratives. Nous ne sommes
qu’au début de cette révolution. Avec
le développement du télétravail,
la demande de vivre hors des villes, etc.,
l’expansion du marché est inconnue.
La Tribune, on aime les
jeunes entrepreneurs
(euses)… On les aime tellement qu’on leur a consacré une rubrique à la fin du
journal (lire page 26). On
a aussi créé à leur intention un concours,
les Prix La Tribune Jeune entrepreneur 2015
(PLTJE), qui pour leur troisième édition,
récompenseront une nouvelle cuvée de six
lauréats en 2015 (sur 38 nominés dans toute
la France). Rendez-vous lundi 13 avril, au
Grand Rex à Paris, à l’occasion d’une soirée
qui réunira « 1 000 start-up pour changer le
monde » (Pltje.latribune.fr).
En 2013, lors de la première édition, nous
avions appelé « peur de rien » cette génération spontanée de jeunes pousses en train
d’éclore dans toute la France. Deux ans après,
force est de constater que le mouvement
ne fait que croître et se multiplier. Inspirés
par des vedettes comme Xavier Niel (Free),
Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée)
ou Jean-Baptiste Rudelle (Criteo), pour ne
citer qu’eux, les jeunes entrepreneurs sont
même invités par le ministre de l’Économie,
de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel
Macron, à « avoir envie de devenir milliardaires ». Rêver de devenir riche n’est pas
forcément une fin en soi (quoique), mais
ce qui frappe dans la génération 2015, c’est
la volonté farouche de conquérir le monde,
de dépasser les frontières hexagonales.
Quand on regarde Blablacar (covoiturage),
ou Sigfox (télécommunication pour les
objets connectés), on parle d’entreprises
ayant des visées mondiales et dont l’essor
repose sur un modèle nouveau, où la rentabilité immédiate passe après la recherche,
la plus rapide possible, de la plus grande
part possible du marché.
Beaucoup de jeunes entrepreneurs rêvent
d’inventer le Google, le Uber ou le Airbnb
de demain. La technologie n’est pas, ou
plus, le sujet principal. La nouvelle pierre
philosophale, c’est la révolution des usages
et le déplacement de la chaîne de valeur de
la propriété du capital vers la maîtrise de la
relation client. Dans un papier qui a fait le
tour de la planète, le site Techcrunch s’en
est récemment ému : « En 2015, Uber, la
plus grande boîte de taxi au monde, ne possède
aucun taxi. Facebook, le média le plus
populaire, ne crée aucun contenu. Alibaba, le distributeur le plus valorisé en
Bourse, n’a pas de stocks. Airbnb, le plus
grand “hôtelier” du monde, ne possède pas
d’immobilier. Quelque chose d’intéressant est
en train de se passer… » Et en effet, c’est le
cas : à l’ancienne économie, les coûts ; à
la nouvelle économie, les profits, c’est le
credo de notre époque. Non sans contradictions : sans investissements rentables,
pas de croissance et pas d’emplois. L’économie start-up, poussée à son extrême, nous
condamne à la stagflation éternelle.
Mais qu’importe : ce qu’il faut, quand on a
l’esprit start-up, c’est trouver la bonne idée,
avant tout le monde, et l’imposer. C’est un
univers assez impitoyable qui, sous couvert
parfois de bons sentiments, comme cette
belle idée d’économie dite « du partage »,
fait penser à la cupidité des origines du capitalisme. Pour peu que le projet soit bon, et
BALISES
11
L’autre développement micro-usine
est celui des robots industriels
et humanoïdes. Ils sont de plus en plus
petits, leurs prix baissent, ils imitent
les gestes de l’homme pour être évolutifs
et plus précis. Ce sont des millions
de robots qui vont être construits dans
les dix ans. Ils seront des compléments
naturels des imprimantes 3D. Rassuronsnous pour l’emploi : plus il y aura de robots,
plus il y aura besoin d’humains
pour équilibrer et par ailleurs il y aura
des concepteurs, des fabricants et…
des réparateurs de robots.
Pour revenir au yaourt de Danone
vendu d’ailleurs à l’unité par des femmes
équipées d’un vélo et d’un coffret
préservant le froid, des micro-usines
de produits alimentaires se développent
en France. Les grandes marques
impliquent le besoin de petites marques.
C’est l’histoire de la marque « Invitation
à la Ferme » créée par cinq fermiers bio
de l’Ouest qui achètent en commun
ingrédients et emballages, fabriquent
chacun de leur côté parmi une gamme
définie, et signent de leur nom leurs
emballages. Les cas sont nombreux de
textile, maroquinerie, objets de décoration,
meubles… fabriqués en micro-usine
artisanale. Le monde des mégas usines
ouvre la voie aux micro-usines.
Je repars en plongée. Rendez-vous
la semaine prochaine… pour démontrer
l’inverse.
MILLIONS DE FRANÇAIS
SURFENT EN 4G, selon les
derniers chiffres de l’Autorité de
régulation des télécoms (Arcep).
Or si l’on additionne les chiffres
des opérateurs, il y en aurait
12,7 millions : Orange
en revendique 3,7 millions,
Numericable-SFR en aurait
3,9 millions, Bouygues Telecom
3,1 millions et Free 2 millions.
Cherchez l’erreur…
100
MILLIARDS D’EUROS, C’EST
CE QUE LE GAZ DE SCHISTE
rapporterait à la France, selon un
rapport commandité par l’ancien
ministre Arnaud Montebourg,
mais que le gouvernement a
« enterré », révèle Le Figaro. Le
rapport évoque une technologie
alternative à celle décriée
de fracturation hydraulique et
précise que l’exploitation du gaz
générerait 120 000 emplois.
20
attire les investisseurs, publics ou privés,
l’argent ne manque pas : la « vallée de la
mort », ce désert de soif que devaient traverser les jeunes entrepreneurs, n’est plus
aussi vaste que par le passé.
Ce foisonnement entrepreneurial ne pouvait laisser indifférents les grands groupes,
qui n’ont qu’une peur : se faire distancer par
un nouvel « Uber ». D’autant qu’Emmanuel
Macron n’a pas caché que son objectif était
de créer les conditions pour que des milliers
d’entreprises puissent devenir « le CAC 40 de
dans dix ans ». À l’évidence, le CAC 40 actuel
ne voit pas d’un très bon œil cette perspective, car qui dit nouveaux entrants implique
nécessairement des sortants. Le nouveau mot à la mode, dans les grands
groupes, c’est donc l’innovation
ouverte. Sur le mode : à défaut de
pouvoir inventer les modèles d’affaires
de demain, essayons de les contrôler. C’est
aussi le signe d’une nouvelle maturité car sur
100 start-up, moins de 10 seront encore en
vie trois ans plus tard. En accompagnant des
jeunes pousses, les grands groupes cherchent
aussi à attirer à eux de nouveaux talents, qui
n’auraient pas pu éclore dans une structure
pyramidale. Le gouvernement soutient activement cette démarche de coopération,
autant pour consolider les emplois créés
que pour éviter que nos plus belles pépites
ne se vendent à l’étranger, comme on l’a vu
dans le psychodrame sur Dailymotion, qui a
fâché investisseurs américains puis chinois,
jusqu’à ce qu’Orange ne se décide pour un
accord franco-français avec Vivendi. Macron
et Montebourg, même combat ? ■
PLUS D’INFORMATIONS SUR LATRIBUNE.FR
ANS, C’EST L’HORIZON
AUQUEL SE PROJETTE sans
problème le deuxième patient
ayant reçu un cœur artificiel
Carmat en août 2014, un homme
de 69 ans désirant rester
anonyme. Le cœur, qui
fonctionne avec des batteries,
« on l’oublie facilement »,
affirme ce quadruple grand-père
qui « se sent revivre » et se
réjouit de refaire du vélo.
250
MILLIONS, C’EST L’OFFRE DE
VIVENDI POUR DAILYMOTION,
a fait savoir le groupe, sans plus
de commentaire. Même silence
du côté d’Orange, propriétaire
de Dailymotion, et de Bercy,
actionnaire à 24,9 % d’Orange.
Selon Le Monde, l’opérateur
serait très favorable à l’offre
et au projet d’intégration de
Dailymotion dans la stratégie
globale de Vivendi.
L’HISTOIRE
© DR
L’ouvrage le plus récent de Philippe Cahen :
Les Secrets de la prospective par les signaux
faibles, Éditions Kawa, 2013.
TENDANCES
DIVORCER VIA FACEBOOK, C’EST POSSIBLE… AUX ÉTATS-UNIS. Demander
officiellement le divorce à un conjoint dont on ne connaît pas l’adresse n’est plus
impossible, en tout cas aux États-Unis. Le juge new-yorkais Matthew Cooper,
de la Cour de Justice suprême de Manhattan, a en effet reconnu à une infirmière
de Brooklyn l’admissibilité de l’envoi de documents à signer relatifs à sa demande
de divorce via Facebook, rapporte le New York Daily News. L’infirmière, qui n’a
jamais vécu avec son mari, pouvait néanmoins échanger avec lui par téléphone.
Mais celui-ci déclarait ne pas avoir d’adresse fixe et pas de lieu de travail.
Par ailleurs, « le service postal n’avait pas d’adresse à son nom et aucune adresse
de facturation liée à son téléphone portable prépayé n’était disponible.
Un détective privé a même été engagé, sans succès », a précisé l’avocat de
l’infirmière. Le seul moyen de lui transmettre un document était donc son compte
Facebook. Le premier message a été envoyé début avril, mais une semaine
plus tard restait toujours sans réponse, assure l’avocat. Mais le juge a précisé
que le message serait envoyé une fois par semaine pendant trois semaines…
4 I
L’ÉVÉNEMENT
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
De gauche
à droite, trois
des nouveaux
« parrains »
de l’économie
de l’innovation :
Marc Simoncini,
fondateur
de Meetic,
Jacques-Antoine
Granjon,
fondateur
de Vente-Privée,
et Xavier Niel,
fondateur de
Free. Présents en
tant que business
angels et jurés,
lors d’une
présentation
de startuppeurs
en vue d’obtenir
un prix,
le 18 novembre
2013 au Théâtre
de Paris.
© AFP PHOTO MARTIN
BUREAU
ENTREPRENEURIAT
La France devient-elle
une « start-up nation » ?
LES FAITS. Les jeunes pousses ont la cote, au gouvernement, auprès des groupes du CAC 40 et à
la sortie des grandes écoles. Le dynamisme français est un phénomène remarqué aussi à l’étranger.
L’ENJEU. Le soutien dont elles bénéficient devra s’inscrire dans la durée afin de faire émerger, parmi
les 10 000 à 15 000 start-up françaises, des champions mondiaux et créer le CAC 40 de demain.
L
«
a scène “tech” française se situe à un
point d’inflexion » :
c’est John [email protected]
bers, le patron du
géant américain
des réseaux informatiques Cisco, qui le dit. La présence en
force des start-up de la French tech en janvier au CES de Las Vegas, le grand salon
mondial de l’électronique grand public,
n’est en effet pas passée inaperçue : c’était
la première délégation européenne et les
Frenchies représentaient une jeune pousse
sur trois dans l’espace dédié Eureka Park.
Il suffit d’ailleurs de se rendre dans l’un
des nombreux incubateurs, accélérateurs
ou usines à jeunes pousses de la capitale,
comme le Numa et le Partech Shaker,
ou encore l’un des Campings, Cantines
et autres lieux équivalents des grandes
métropoles françaises pour constater qu’il
se passe indéniablement quelque chose : il
existe des dizaines de
jeunes gens enthousiastes, fourmillant
d’idées, résolus à
inventer de nouveaux
produits ou services qui pourraient
de la création nette d’emplois
changer la vie des
viendraient des start-up.
consommateurs ou
des entreprises. Une
nouvelle génération d’entrepreneurs très
ambitieux, décomplexés, convaincus qu’il
est possible de réussir dans leur pays et audelà, à l’échelle européenne voire mondiale,
en rêvant de destins à la Xavier Niel (Free),
PAR
DELPHINE
CUNY
50 %
Jacques-Antoine Granjon (Vente-Privée) ou
Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister),
plutôt que d’un siège de patron du CAC 40.
UN CHANGEMENT
D’ÉCHELLE EN COURS
Les jeunes pousses ont leurs entrées partout ou presque, jusque dans les salons de
l’Élysée et de Matignon, où certaines ont
eu le privilège de « pitcher » devant Manuel
Valls en novembre, ou au « paquebot » de
Bercy, où elles ont particulièrement la cote,
et pour cause : 50 % de la création nette
d’emplois viendraient des start-up, même
si leur taux de mortalité est élevé, l’enjeu
étant de les faire grandir. « La France est en
train de se muer en start-up nation », répètet-on d’ailleurs dans les couloirs de Bercy et
de Bpifrance, la banque publique d’investissement, ardents promoteurs des jeunes
entreprises innovantes, même si la secrétaire d’État au Numérique, Axelle Lemaire,
lui préfère la notion plus inclusive de
« République numérique ».
L’expression « start-up nation » remonte à
2009 et était employée à l’origine pour
décrire la percée spectaculaire des entreprises de haute technologie de la « Silicon
Wadi », autour de Tel Aviv, en Israël. Bpifrance fait ainsi valoir que l’écosystème
français de start-up est en train de « changer d’échelle » comme le prouvent les importantes levées de fonds par plusieurs entreprises en plein essor, comme le site de
covoiturage BlaBlaCar et l’opérateur de
réseau bas débit pour l’Internet des objets
Sigfox, qui ont levé 100 millions, de dollars
pour l’un et d’euros pour l’autre. Mais aussi
l’introduction au Nasdaq du spécialiste du
reciblage publicitaire Criteo, en 2013 – ce
qui n’était pas arrivé à une entreprise française depuis Business Objects près de vingt
ans auparavant –, et qui a été suivi par des
sociétés de biotechnologies, DBV et tout
récemment Cellectis, valorisée plus de
1 milliard de dollars.
Autre chiffre révélateur de cette floraison
de jeunes pousses : 650 start-up se sont
portées candidates en mars à la septième
saison du Camping, le programme d’accélération de Numa Paris, pour 30 places
seulement ! « La France est la première
nation d’Europe en termes de créations de
start-up, même devant le Royaume-Uni », a
lancé Emmanuel Macron, le ministre de
l’Économie, de l’Industrie et du Numérique,
début mars, en visitant justement le Numa
avec le vice-président de la Commission
européenne Jyrki Katainen, pour lui faire
toucher du doigt la réalité du dynamisme
français en la matière.
LE NUMÉRIQUE, MAIS AUSSI
L’ÉCONOMIE COLLABORATIVE
Le phénomène reste cependant difficile à
quantifier, d’autant qu’il n’existe pas de
définition standardisée : on parle d’une
« entreprise à la recherche d’un modèle économique qui se donne l’ambition de croître très
vite », et qui n’est donc généralement pas
rentable ; elle peut employer quatre personnes comme une centaine voire plus, sans
oublier celles qu’on appelle des « scale-up »
qui sont en plein essor international,
comme BlaBlaCar. À Bercy, on évoque entre
8 000 et 10 000 start-up en France, certaines sources disent même 15 000, dont
environ la moitié à Paris et en Île-deFrance, sur environ 80 000 jeunes entreprises de croissance en Europe. Dans la
seule capitale, il y aurait entre 3 0 00 et
5 0 00 start-up, selon que l’on parle du
numérique au sens strict ou avec une acception plus large. L’innovation n’est en effet
pas que technologique, mais couvre de
nombreux champs, comme l’économie collaborative, tendance de fond, dans laquelle
des Français sont peut-être en train de
constituer de futurs champions.
L’enjeu pour l’économie française, qui dispose aujourd’hui de solides chefs de file
mondiaux tels que L’Oréal, LVMH ou Pernod-Ricard, est de « créer le CAC 40 de dans
dix ans et d’avoir des milliers de grandes
entreprises qui puissent remplacer le CAC 40
actuel », avait expliqué cet hiver Emmanuel
Macron à la conférence LeWeb devant un
parterre de startuppeurs et investisseurs
du monde entier. Car la révolution numérique, qui concerne tous les secteurs, pourrait bien rebattre les cartes à la faveur
d’acteurs émergents et d’innovations de
rupture. Depuis quelques mois, plusieurs
grands groupes français se sont d’ailleurs
mis en mouvement et ont déployé des programmes d’innovation ouverte, d’accompagnement de start-up, ou même des entités d’investissement en capital-risque,
comprenant que pour eux aussi le salut
viendra peut-être d’une start-up. ■
I 5
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
ENTRETIEN
NICOLAS DUFOURCQ, directeur général de Bpifrance
« Ce qui manque, c’est l’audace de
partir à la conquête des géants »
En 2014, les aides et prêts accordés par Bpifrance à l’innovation ont dépassé le milliard d’euros. Nicolas Dufourcq
réfute le préjugé selon lequel la France aurait vingt ans de retard sur la Silicon Valley. Il vante la qualité
des ingénieurs français, la déferlante d’entrepreneurs et l’amélioration de l’écosystème du financement des start-up.
@ChLejoux
@phmabille
LA TRIBUNE — Comment se porte
Bpifrance, deux ans après sa création ?
© CHRISTIAN HARTMANN / REUTERS
PROPOS
RECUEILLIS
PAR
CHRISTINE
LEJOUX
ET
PHILIPPE
MABILLE
NICOLAS DUFOURCQ – Bpifrance est
complètement installée dans le paysage
bancaire français. Nous sommes présents
dans un très grand nombre de tours de table
et de financements bancaires. Beaucoup
de banques partenaires jugent Bpifrance
structurante dans la distribution de crédits,
compte tenu des garanties que nous leur
apportons. Au passage, les banques sont de
retour sur le terrain, il faut arrêter de leur
faire un procès pour une supposée frilosité
dans l’octroi de crédits. En ce qui concerne
Bpifrance, l’année 2014 a été incroyablement dynamique, avec une hausse de 29 %
des financements accordés, à 12,5 milliards
d’euros, ce qui est massif. Au total, nos
encours de crédits ont augmenté de 24 %,
à 23,8 milliards d’euros. Quant aux investissements dans le capital d’entreprises,
ils ont progressé de 38 % l’an dernier, pour
atteindre 1,4 milliard d’euros. Enfin, pour la
première fois, les aides et les prêts à l’innovation ont dépassé le milliard d’euros.
Lors du lancement de Bpifrance,
certains redoutaient qu’elle ne vole
au secours de « canards boiteux »…
Nous avons une discipline de résultat, que
nous imposons également aux entrepreneurs que nous finançons. Nous n’acceptons de distribuer des crédits qu’à des
entreprises capables de les rembourser.
Nous ne finançons donc pas des sociétés en
redressement judiciaire, à moins qu’elles ne
soient reprises par des professionnels qui
investissent au moins autant que nous et
qui se chargent du retournement de l’entreprise. Conséquence, notre coût du risque,
en baisse de 41 % l’an dernier, n’excède pas
23 millions d’euros, un montant très faible
par rapport à un total de bilan de 60 milliards d’euros. Et notre rentabilité des capitaux propres – passée de 1,3 % en 2013 à 6 %
« La France
est une Californie
qui s’ignore, elle dispose
d’énormément d’atouts »
en 2014, sous l’effet, notamment, d’un gain
de 894 millions d’euros lié à la plus-value
de cession de titres Orange et à la revalorisation du solde de notre participation dans
l’opérateur de télécommunications – devrait être de 4 % cette année. Pour autant,
nos fonds de garantie nous permettent de
prendre beaucoup plus de risques que les
banques commerciales, d’aller dans la zone
grise des petites PME dont le patron est
tout seul. Nous sommes une banque qui
prend des risques.
Selon vous, la « France est devenue
une véritable start-up nation ».
Qu’entendez-vous par là exactement ?
Le préjugé selon lequel la France a vingt ans
de retard dans l’innovation est faux. On ne
peut pas continuer à dire qu’il n’y a, dans ce
domaine, que la Silicon Valley et Israël. La
France est une Californie qui s’ignore, elle
dispose d’énormément d’atouts. Notre pays
compte un million d’ingénieurs, qui bénéficient d’excellentes formations, très adaptées à la révolution des données et qui sont
reconnues internationalement, en particulier dans les secteurs des « biotech » et des
« medtech ». Les ingénieurs français sont en
outre beaucoup plus fidèles à leur entreprise
que ne le sont les ingénieurs américains, dont
les salaires sont pourtant trois fois plus élevés. Par ailleurs, derrière les business models
qui réinventent l’utilisation des données, se
trouve une vague d’entrepreneurs qui représentent un véritable espoir pour notre pays ;
c’est une déferlante à laquelle on assiste dans
la plupart des grandes métropoles mondiales
comme San Francisco, Berlin ou Stockholm.
La France n’a donc plus rien à envier
à d’autres pays, sur le front
de la dynamique entrepreneuriale ?
Ce qui manque encore, en France, c’est
l’esprit Magellan, l’audace de bâtir d’entrée de jeu des business plans mondiaux,
de partir à la conquête des géants. Un peu
à la manière de sportifs qui ont besoin
d’être coachés, certains entrepreneurs ne
roulent qu’à 80 km/h, alors qu’ils pourraient rouler à 120. Si l’économie était un
organisme, celui-ci serait une machine
émotionnelle hyperpuissante. Aussi, dans
le cadre du troisième tour de France que
nous avons effectué l’an dernier, nous
avons fait de la psycho-économie, nous
avons fait du Claude Onesta [qui possède
l’un des plus beaux palmarès d’entraîneur de
hand-ball, ndlr], en disant aux 11 000 entrepreneurs rencontrés d’avoir confiance
en eux, de ne pas craindre de se mettre à
l’œuvre, que nous étions là pour financer
cette œuvre. Les entrepreneurs français
ont encore tendance à communiquer surtout sur leurs technologies et leurs produits, alors qu’aux États-Unis, les start-up
savent que l’une des premières questions
que les investisseurs américains leur poseront sera « Comment allez-vous conquérir
le monde ? »
Justement, la « vallée de la mort »
[besoins de financement entre
500 000 et 2 millions d’euros, ndlr] n’est
plus un problème pour nos start-up ?
Les choses vont incomparablement mieux
qu’il y a quelques années. Mais il y aura toujours des projets qui ne convaincront pas les
très bons fonds français de capital-risque.
Et qui, contrairement à ce que l’on pourrait
penser, n’auraient pas eu plus de chance
aux États-Unis, où il est extrêmement dur
de lever des fonds car l’environnement est
très concurrentiel et où les coûts, juridiques
notamment, sont très élevés. Nous avons en
France un tissu de fonds de capital-risque
et d’amorçage unique en Europe continentale, notamment avec les différents fonds
que nous avons montés, à l’image de celui
de 30 millions d’euros que nous nous apprêtons à lancer avec des « serial entrepreneurs » devenus business angels.
Bpifrance est partout… Le poids
des fonds publics dans le financement
de l’innovation n’est-il pas devenu
trop lourd en France ?
Il n’y a qu’en Californie où les capitaux privés vont massivement sur des segments très
risqués et peu rentables, comme le capitalinnovation. Cela s’inscrit dans la vision
constante qu’ont les Américains de devoir
réinventer le monde. Partout ailleurs, il y a
beaucoup d’argent public dans le financement de l’innovation, notamment en Israël.
Le capital-risque et le financement d’amorçage sont en effet toujours à la frontière de
la politique industrielle, dans la plupart des
pays du monde.
Qu’attendez-vous du plan Juncker, dont
une partie (5 
milliards d’euros) doit
être fléchée vers de l’investissement
en fonds propres ?
6 I
L’ÉVÉNEMENT
En Europe, il existe de plus en plus de
fonds de capital-risque transnationaux. Le
rôle de l’Europe devrait être de les abonder systématiquement, à chaque fois que
se crée un fonds franco-allemand ou franco-suédois, par exemple. L’objectif étant
de faire en sorte que le capital-risque
européen soit davantage connecté afin de
jouer à armes égales avec les États-Unis.
C’est la proposition que nous avons faite à
la Commission européenne.
Quid de la problématique des levées
de fonds supérieures à 10 millions
d’euros, difficiles à réaliser pour
des start-up françaises, à moins de
s’adresser à des fonds anglo-saxons ?
Le phénomène est plus récent que dans
la vallée de la mort, mais il n’y a presque
plus de problème non plus sur le créneau
du capital-croissance. Les fonds de growth
capital se multiplient, à l’image du fonds
Large Venture de Bpifrance. Lancé fin
2013 et doté de 500 millions, il investit des
tickets de 10 millions à 50 millions d’euros dans des start-up du numérique, de
l’écologie et de la santé. Nous avons également investi 80 millions d’euros dans le
fonds de capital-croissance lancé par Partech en début d’année, après avoir injecté
50 millions d’euros dans celui lancé par
Keensight Capital en octobre. Et nous
sommes en train de financer un quatrième
fonds de capital-croissance. Il existe donc
désormais en France des fonds capables
d’investir plusieurs dizaines de millions
d’euros dans un Sigfox. Il est vrai que
ces fonds ont jusqu’à présent nettement
plus investi dans les biotech que dans le
« Les grandes
entreprises doivent
apprendre
à travailler avec
les “barbares” »
numérique. Ainsi, la société biopharmaceutique Cellectis, qui vient de lever plus
de 200 millions de dollars sur le Nasdaq et
d’ouvrir des laboratoires à New York, n’est
autre qu’une « Bpifrance baby », repérée il
y a longtemps et dans laquelle nous avions
réinvesti via notre fonds Large Venture en
décembre 2013, lorsque la société avait
connu un passage difficile.
Est-ce suffisant pour transformer
les start-up françaises en chefs de file
mondiaux ?
Au-delà de l’apport de capitaux propres,
ces véhicules d’investissement dans le
capital-croissance doivent être des fonds
de réseautage, capables d’ouvrir leur carnet d’adresses aux entrepreneurs qu’ils
financent, de les accompagner dans la
structuration de leur hypercroissance,
en les aidant par exemple à recruter leur
directeur financier. Nous ouvrons d’ailleurs un bureau à San Francisco pour faire
savoir aux entrepreneurs français partis
dans la Silicon Valley qu’ils peuvent être
financés et accompagnés par des fonds
français. Nous sommes déjà en train de
travailler sur plusieurs dossiers de levées
de fonds massives d’entrepreneurs français qui ont laissé leur R&D en France,
mais qui ont installé leurs équipes commerciales en Californie.
Après Criteo, Sigfox envisage
de s’introduire sur le Nasdaq.
N’est-il pas dommage que les pépites
françaises préfèrent Wall Street
à la Bourse de Paris ?
Dès que les besoins en financement deviennent très importants, la tentation
est en effet encore grande, pour les startup françaises, d’aller sur le Nasdaq, afin
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
de disposer d’une forte liquidité, d’une
grande profondeur de marché et d’une
large couverture par les analystes financiers. La place de Paris manque de liquidité et d’analystes spécialisés sur les valeurs
technologiques. Il est vrai que la recherche
financière coûte cher aux banques mais,
parallèlement, les mandats de cotation
leur rapportent beaucoup d’argent. Les
récentes initiatives prises par EnterNext
pour favoriser la visibilité du secteur hightech auprès des investisseurs sont encore
un peu insuffisantes. Sans doute faudraitil créer un Nasdaq européen. Il n’en reste
pas moins que nous travaillons à faire une
ou deux grandes cotations sur la place de
Paris, peut-être dès cette année.
Toujours sur le plan boursier, une bulle
n’est-elle pas en train de se former sur
les valeurs technologiques ?
Nous n’en sommes pas encore là, les marchés ne sont pas parvenus à une phase
d’irrationalité. Il faut bien comprendre que
nous assistons à une véritable révolution
industrielle, avec des sociétés dont le chiffre
d’affaires croît de 70 % ou de 80 % par an, ce
qui pose problème pour les évaluer sur la
base des critères habituels et débouche donc
sur des valorisations élevées, en termes de
multiple des revenus, par exemple.
Comment faire évoluer la relation
entre grands groupes et start-up, qui
s’apparente souvent à une sorte
de « je t’aime, moi non plus » ?
Nous avons lancé début avril le « Hub »,
un service de mise en relation des grands
groupes avec les start-up, afin que ces
deux univers se connaissent, se parlent, se
comprennent. Nous demandons à ces différents acteurs de nous dire ce dont ils ont
besoin ou ce qui les freine, dans la logique
de l’innovation ouverte.
Les grandes entreprises ne doivent pas
réagir de manière impériale, en refusant
de participer au financement des start-up
par peur des conséquences de leurs innovations sur leurs propres business models.
L’idée n’est pas non plus d’encourager
les grands groupes à adopter des comportements de prédateurs en rachetant
purement et simplement des start-up. Les
grandes entreprises doivent plutôt apprendre à travailler avec les « barbares »,
à se « barbariser » un peu. Il le faut, car
la révolution des données est inéluctable.
L’innovation est partout, plus seulement
dans la technologie mais également dans
les usages, le design, les processus de
fabrication… Ce sont de plus en plus ces
innovations-là qui vont nous occuper, à
Bpifrance. ■
La création d’une banque publique d’investissement était une promesse
du candidat François Hollande, ici avec Nicolas Dufourcq, en mars dernier,
lors d’une manifestation au siège de Bpifrance. © POOL NEW / REUTERS
L’ENVIE D’ENTREPRENDRE GERME DÈS L’ÉCOLE
Les premiers incubateurs sont apparus dans les écoles dans les années 1990. Depuis, les cours sur l’entrepreneuriat ont fait leur
chemin. Aujourd’hui, le statut d’étudiant-entrepreneur reconnaît l’ambition de créer une entreprise tout en décrochant un diplôme.
D
epuis le lancement du statut
d’étudiant-entrepreneur à la
rentrée, 800 étudiants ont déposé
leur candidature et 600 ont été acceptés,
dont 300 poursuivant le diplôme étudiantentrepreneur (DEE) en parallèle de leur
formation principale. Nicolas Valin
et Benjamin Metenier, respectivement
en master entrepreneuriat à l’IAE
Grenoble et en DUT technique de
commercialisation à l’IUT 2 Grenoble, font
partie de ces pionniers à la double
casquette (Arnaud Koenig, jeune ingénieur
diplômé de CPE Lyon, complète
leur équipe depuis Zürich où il travaille
pour Schneider). Accompagnés
par le Pepite (Pôle étudiants
pour l’innovation, le transfert et
l’entrepreneuriat) oZer, les deux étudiants
consacrent en ce moment leur stage de fin
d’études à la concrétisation de leur projet
d’entreprise, une galerie d’art en ligne
baptisée Chall. « Nous voulons répondre
à certaines questions avant de créer
l’entreprise, nous espérons nous lancer
en juillet », explique Nicolas Valin, adepte
de la méthode du « lean startup ».
Jean-Pierre Boissin, qui porte le projet
du statut et des Pepite depuis plus
de quatre ans pour le ministère
de l’Enseignement supérieur
et de la Recherche, est satisfait
des premiers résultats. « Nous avons fait
la preuve de concept. Le mouvement
sera plus important encore à la rentrée
2015, résume-t-il. C’est un statut national
et les 29 Pepite qui couvrent le territoire
instruisent tous les dossiers, y compris
ceux des étudiants issus d’écoles privées. »
Son prochain combat est la mutualisation :
« C’est une grave erreur de rester entre soi
dans son établissement. Il faut créer une
communauté, de la pluridisciplinarité pour
ces jeunes entrepreneurs. Dans le modèle
américain, il n’y a pas de segmentation. »
Autre combat connexe, la création
d’espaces de travail collaboratif pour faire
bouillonner les idées et les pratiques.
Jean-Pierre Boissin est pragmatique :
il verrait bien les bibliothèques
et les restaurants universitaires libérer
de l’espace inutilisé pour accueillir
les jeunes entrepreneurs. « Le statut ne
coûte pas des millions et pourtant ces
entrepreneurs vont créer de la valeur. »
Pour Emmanuel Carli, directeur général
de l’Epitech, l’esprit d’entreprise fait
partie de l’ADN de cette école
d’informatique emblématique créée en
1999. « Dix-sept pour cent de nos étudiants
ont une activité entrepreneuriale et 10 %
créent une boîte à la sortie », constate-t-il.
Depuis dix ans déjà, le modèle des Epitech
Innovation Project permet aux étudiants
de s’atteler à un projet concret – potentiel
futur projet d’entreprise – sur une durée
de trois ans. Mais le directeur veut aller
plus loin. Après avoir lancé la « Piscine
« C’est une grave
erreur de rester
entre soi.
Il faut créer
une communauté,
de la
pluridisciplinarité
pour les jeunes
entrepreneurs »,
affirme
Jean-Pierre
Boissin, qui porte
le projet du statut
d’étudiantentrepreneur et
des Pepite depuis
plus de quatre ans.
© SERGEY NIVENS
Moonshot » pour plonger les étudiants
dans l’innovation et la disruption,
il leur a concocté cette année la « Piscine
Forward » : deux semaines pour
s’acculturer à l’environnement
de l’entreprenariat, histoire de sortir
du fantasme. Viabilité financière,
désirabilité, faisabilité technique, il faut
que les projets se frottent à la réalité.
« Mon ambition est d’augmenter
la pertinence des projets et d’arriver
peut-être à 30 % de créations
d’entreprises », affiche-t-il. Parmi
les autres initiatives de l’Epitech en faveur
de l’entreprenariat, le Hub Innovation est
un espace de collaboration entre étudiants
et entreprises autour de projets liés
aux mégadonnées, à la sécurité ou encore
à l’embarqué. Et depuis quelques
semaines, l’Anti-Incubateur propose
des sessions pour répondre aux questions
techniques des jeunes entrepreneurs,
histoire de combattre « la solitude de
l’entrepreneur » selon Emmanuel Carli.
Et de citer le cas exemplaire de Docker,
une start-up informatique lancée par
des anciens de l’Epitech et installée
à San Francisco, qui a levé 40 millions
de dollars en septembre dernier.
Voilà dix ans, les écoles de la CCI de Paris
se sont dotées de leur incubateur,
Incuba’School, ouvert aux étudiants
(les Gobelins, l’école de cuisine Ferrandi,
HEC…) et aux autres. « On fait
de la cocréation d’entreprise en s’appuyant
sur la diversité des entreprises présentes.
Il y a une grande effervescence autour
de l’entrepreneuriat, car ils voient d’autres
jeunes réussir et ils ont des cours
sur ce sujet. Ils se sentent plus légitimes
et plus capables de concrétiser », explique
Joël Saingré, le responsable
d’Incuba’School. Il vient de fonder
l’association IES (Incubateurs de
l’enseignement supérieur) qui compte une
trentaine de membres. « Nous sommes
aujourd’hui dans la troisième génération
d’incubateurs : ce sont les jeunes qui s’en
emparent avec des “hackathons”,
des week-ends start-up. Je constate que
la création d’entreprise est de plus en plus
une affaire de jeunesse. » ■ ISABELLE BOUCQ
I 7
PRIX DES JEUNES ENTREPRENEURS
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
La deuxième
édition des Prix
La Tribune Jeune
Entrepreneur,
au Grand Rex,
à Paris,
le 2 juin 2014.
La troisième
édition aura
lieu le lundi
13 avril prochain,
en même endroit
mythique.
© MARIE-AMÉLIE
JOURNEL
PRIX LA TRIBUNE JEUNE ENTREPRENEUR 2015
La France possède
d’incroyables talents !
Près de 1 000 jeunes ont posé leur candidature pour la troisième édition des Prix La Tribune
Jeune Entrepreneur. Avec bien des difficultés, et parfois des regrets, le jury a sélectionné
38 finalistes. Voici en quelques lignes leurs portraits, leurs parcours et leurs ambitions.
GREEN BUSINESS
Aymeric Barthès, 27 ans, Sud-Ouest
Naïo Technologies
Les robots débarquent dans
les champs. Naïo Technologies
propose aux agriculteurs qui
ont fait le choix de l’écologie
un robot qui permet de
désherber sans produit
chimique les exploitations maraîchères. De
nouveaux engins devraient être lancés en 2015.
Les cibles ? Les petites surfaces maraîchères et
les exploitations viticoles. L’entreprise compte
9 salariés pour un chiffre d’affaires annuel de
135 000  euros.
Guillaume Jeangros, 32 ans,
Île-de-France
Aqylon
Créée en 2009, Aqylon
conçoit et fabrique des
turbines ORC (Organic
Rankine Cycle) permettant
de valoriser tout type de
chaleur en électricité. Elle
ficiles arbitrages, a choisi un lauréat dans
chacune des six catégories. À chacun,
La Tribune et ses partenaires apporteront
leur soutien pendant un an.
Pour sa troisième édition, le Prix La
Tribune du jeune entrepreneur a capté
l’attention des start-up qui montent
dans les régions de France. Des startup qui, comme l’espère le gouvernement, seront les futurs champions de
notre économie. La sélection ne fut pas
facile, tant s’en faut. Dans chacune des
catégories – Green business, Industrie,
Numérique, Services, Social business et
Start –, les membres du jury ont bataillé
pour départager les candidats, pour élire
leur lauréat.
Une mention spéciale doit être accordée
à tous ceux qui se sont inscrits dans la
catégorie Start réservée aux projets les
plus récents. L’impressionnante quantité de candidatures dans cette catégorie
propose aussi des solutions sur mesure pour
les marchés de la géothermie et de la
valorisation de la chaleur industrielle issue
notamment de fours verriers, de cimenterie
ou d’aciérie. Les effectifs de l’entreprise
située à Paris intra-muros s’élèvent à
8 personnes et son chiffre d’affaires annuel à
690 000 euros.
Julien Guedj, 29 ans, Sud-Est
Eric Petitjean, 28 ans, Nord-Est
Dynapse
Quand Internet déboule dans
les potagers et les vergers.
Avec le « drive des
épouvantails » (Drive-desepouvantails.fr) de Dynapse,
les agriculteurs peuvent
désormais écouler plus sereinement leur
récolte. La solution de la jeune pousse
informatique animée par deux personnes est
simple : créer une boutique ou un site Internet
pour les producteurs, une commission étant
prélevée sur chaque vente. Les livraisons
peuvent se faire dans les entreprises. Pour
l’instant, 20 « drive » fermiers (par analogie
avec les points de vente agricoles collectifs
situés dans les fermes) ont été lancés dans
huit régions.
MP Shuttle
MP Shuttle propose un
co n ce p t d e n ave tte s
mutualisées entre l’aéroport
Marseille Provence et la ville
de Marseille et ses environs.
Pour séduire sa clientèle,
l’entreprise met en avant sa solution de
mutualisation qui permet ainsi de réduire le
nombre de voitures sur les routes et donc de
réduire l’empreinte carbone de chaque
voyageur. La TPE compte quatre personnes
dans ses rangs. Son chiffre d’affaires 2014
s’élève à 120 000 euros.
Pierre Rivallan, 34 ans, Sud-Ouest
Archénergie
Archenergie est une des
premières entreprises en
France à proposer une
approche globale de leur
rénovation énergétique aux
particuliers, en réunissant
dans la même structure une compétence de
bureau d’étude thermique et de réalisateur
de tous les travaux de rénovation énergétique
témoigne de l’effervescence de l’entrepreneuriat en France et de l’incroyable
dynamisme de notre jeunesse, pourtant
durement frappée par la montée du
chômage.
Si certains doutent de la capacité de
notre économie à sortir un jour de la
crise qui frappe la France depuis la fin de
l’été 2008, qu’ils se rassurent ! La France
possède encore d’incroyables talents. ■ FABIEN PILIU ET MATHIAS THÉPOT
(isolation, chauffage, ventilation). L’entreprise
emploie 12 personnes et affiche un chiffre
d’affaires 2014 de 881 000 euros. Après
l’ouverture d’une première agence en
Gironde, la création d’une seconde est prévue
en 2015.
© ISTOCK
I
ls partirent 1 000 et arrivèrent
38 au port… Pour la troisième
année consécutive, La Tribune
remet le lundi 13 avril ses prix
du Jeune Entrepreneur au
Grand Rex à Paris (inscriptions : Pltje.latribune.fr). Sélectionnés dans toutes les grandes métropoles françaises, les 38 nominés de
l’édition 2015 connaîtront ce jour-là le
choix du jury qui, après d’ultimes et dif-
8 I
L’ÉVÉNEMENT
INDUSTRIE
Julien Fizet, 31 ans, Centre-Est
WiCi Concept
La TPE conçoit, fabrique et
commercialise depuis 2010
une gamme d’astucieux
combinés WC et lave-mains
connue sous l’appellation
« WiCi Concept ». « Ces
produits répondent à une forte demande du
marché en termes d’aménagement des petits
espaces sanitaires : ils procurent gain de place,
économies d’eau, hygiène, esthétique et
praticité ! », explique Julien Fizet, son
fondateur. L’entreprise emploie six personnes.
Son chiffre d’affaires 2014 s’est élevé à
309 000 euros.
Caroline Cochet, 27 ans, Sud-Ouest
CD Fruits
Après la pâte, la feuille de
fruits ! CD Fruits s’est
spécialisé dans la fabrication
et la commercialisation de
feuilles de fruits, mais aussi
de légumes sous la marque
Folion à destination des professionnels des
métiers de bouche (traiteurs, restaurants,
pâtisseries, glaciers, bars). Issue de purées de
fruits ou de légumes, cette feuille est un
produit innovant qui a déjà été reconnu
plusieurs fois par les professionnels. Ce « cuir
de fruit » a remporté le premier prix national
de la création d’entreprise agroalimentaire au
Sial 2014.
Clément Alteresco, 35 ans,
Île-de-France
Bureaux A Partager
Créée en 2012, Bureaux A
Partager (BAP) a pour
objectif de mettre en
relation les professionnels
cherchant à partager des
espaces de travail. Une
nouveauté est prévue, BAP travaille sur la
sortie d’un nouveau produit pour la rentrée
2015 : le Manager, une plateforme Web qui
permettra à tout gestionnaire d’espace de
travail collaboratif de gérer en ligne tous les
aspects de son espace : contrats, factures,
paiement, outils collaboratifs… La TPE
emploie 12 personnes. Son chiffre d’affaires
2014 s’est élevé à 850 000 euros.
Thibault Guillaumont, 24 ans,
Nord-Est
Holusion
Installé à la Plaine Images, le
pôle de compétitivité et
d’innovation de Lille
Métropole, Holusion conçoit,
produit et distribue des
s o l u t i o n s d ’a ff i c h a g e
innovantes basées sur les technologies de
l’holographie. Son activité consiste à proposer
des outils et supports de communication
inédits aux entreprises qui leur permettent
d’améliorer la valorisation de leurs produits,
marques et organisations. L’entreprise, qui
emploie six personnes, a réalisé un chiffre
d’affaires 2014 de 200 000 euros.
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
Damien Reynaud, 34 ans, Centre-Est
Marc-Antoine Navrez, 34 ans, Nord
Arthur Arlet, 29 ans, Sud-Ouest
La société Fabmed fabrique
des dispositifs médicaux de
h a u te p r é c i s i o n p o u r
l’orthopédie, le maxillodentaire, notamment des
vis. L’entreprise, établie à
Décines-Charpieu, commune située dans la
métropole de Lyon, compte cinq personnes
dans ses effectifs. Son chiffre d’affaires 2014
a atteint 960 000 euros. En 2015, l’entreprise
entend se développer à l’international.
Ty m a te co n ç o i t d e s
applications Web et mobiles
de dernière génération, avec
une approche en rupture avec
les SSII classiques : petite
équipe, expertise de pointe,
méthodologie agile. Elle compte déjà parmi ses
clients quelques noms prestigieux parmi
lesquels PSA, Décathlon, la Banque Accor et
Vinci. La TPE emploie 11 personnes. Son chiffre
d’affaires 2014 s’est élevé à 500 000 euros.
Ouvert à la mi-2014 dans le
centre de Toulouse, Duck Me
est un restaurant rapide qui
propose une carte à base de
viande de canard, et s’affiche
comme une alternative face
aux géants américains de la restauration rapide
qui « standardisent nos déjeuners », juge Arthur
Arlet, le fondateur de Duck. En 2015, il prévoit
l’ouverture de deux autres restaurants dans
Toulouse et sa région.
Gautier Papon, 28 ans, Sud-Ouest
Julien Hervouet, 31 ans, Ouest
Antoine Le Conte, 29 ans,
Créée en décembre 2014,
Argolight
conçoit,
développe et commercialise
une technologie brevetée
unique au monde de
fluorescence structurée
ultrastable pour la pharmacie, la
cosmétologie et, plus globalement, la
recherche médicale. Plus précisément, la TPE
conçoit et produit des lames de verres
permettant d’étalonner certains microscopes.
L’entreprise a d’ores et déjà recruté quatre
personnes. Elle a dégagé un chiffre d’affaires
2014 de 175 000 euros.
L’entreprise a développé une
solution de relation client en
ligne qui permet aux
entreprises d’interagir en
temps réel avec leurs
visiteurs, par « Click to
Chat », « Click to Call » et « Click to Video ».
Associé à un moteur de ciblage
comportemental, iAdvize permet de proposer
une assistance au visiteur qui en a vraiment
besoin, au bon moment et au bon endroit,
favorisant ainsi l’augmentation du taux de
conversion et l’optimisation de la fidélisation et
la satisfaction client. Présente dans 40 pays, la
PME a déjà embauché 80 personnes. Son chiffre
d’affaires 2014 s’est élevé à 4,2 millions d’euros.
Fabmed
Argolight
NUMÉRIQUE
Loïc Lecerf, 34 ans, Sud-Est
Smart Me Up
Smart Me Up a développé
une technologie d’analyse
de visage au sein des flux
vidéo en temps réel. Ses
o u t i l s p e r m ette nt d e
déterminer le sexe d’un
individu, la position 3D de son visage, son âge,
ses émotions, mais aussi de l’identifier. Cette
brique technologique, purement logicielle,
ouvre des opportunités d’applications pour
tous les objets, connectés ou non, qui veulent
devenir intelligents. L’entreprise, établie à
Meylan, dans l’Isère, compte huit personnes
dans ses rangs et affiche un chiffre d’affaires
2014 de 240 000 euros.
Alexis Laporte, 26 ans, Sud-Ouest
Unitag
L’entreprise Unitage offre
des solutions permettant de
créer des sites mobiles
actionnables ( jeuxconcours, sondages,
coupons…) et de les diffuser
immédiatement grâce aux canaux mobiles :
codes QR, NFC, iBeacon, reconnaissance
d’image et SMS. Elle offre également une
plateforme clés en main permettant de créer,
lancer et mesurer les projets marketing sur
mobile en quelques clics. La TPE, située à
Toulouse, emploie 10 personnes. Son chiffre
d’affaires 2014 s’est élevé à près de
225 000 euros.
iAdvize
Vivien Poujade, 30 ans, Sud-Est
Synthes’3D
Créé en 2007, Synthes’3D est
un studio numérique innovant
spécialisé dans les images de
synthèse 3D, le marketing et
les applications pour
smar tphones et pour
tablettes. L’entreprise est articulée autour de
trois marques de services : Onilia pour le secteur
médical, L’Imagerie 3D pour l’industrie et
Anoukis pour l’immobilier. Elle possède quatre
établissements, trois en France et un aux ÉtatsUnis, à Orlando, Synthes’3D compte 21 personnes
dans ses rangs. Son chiffre d’affaires 2014 s’est
élevé à 1,2 million d’euros.
Tristan Mehamli, 34 ans, Sud-Ouest
Mugen
Hébergée à la pépinière de
Pessac, Bordeaux Unitec
Technopole, Mugen est un
éditeur de logiciels qui
conçoit des solutions
permettant le contrôlecommande d’objets et d’environnements
connectés (ordinateurs, domotique, lignes de
productions…) sur supports mobiles et tactiles
(smartphones, tablettes…). L’entreprise surfe sur
l’éclosion du marché des drones civils et
militaires. Son modèle de rémunération est
inspiré du « freemium », reposant sur un
téléchargement libre avec des fonctionnalités
gratuites et des services payants, notamment
l’utilisation complète de la solution en
exploitation, qui est soumise à licence.
SERVICES
Philippe de Chanville, 34 ans,
Île-de-France
Monechelle.fr
© FOTOLIA
Tymate
Monechelle.fr est la première
place de marché spécialisée
dans le bricolage et le
jardinage. Sur son site, les
bricoleurs ont un choix
équivalent à plus de cinq
grandes surfaces de bricolage et des prix en
moyenne 20 % moins chers. Ils peuvent aussi
bénéficier de conseils d’experts en direct, par
chat ou par téléphone, et accéder à un
catalogue de plus de 200 000 produits en
stock. L’entreprise compte 24 personnes dans
ses rangs. Son chiffre d’affaires 2014 s’est
élevé à 15 millions d’euros.
Sylvain Tillon, 32 ans, Centre-Est
Tilkee
Tilkee a développé un logiciel
Web très simple qui permet
d’étudier la lecture des offres
commerciales B2B, des
plaquettes ou de tout autre
document hébergé sur son
outil. Grâce aux statistiques de lecture précises,
Tilkee qualifie l’intention d’achat des prospects
pour aider les utilisateurs à organiser plus
efficacement leurs relances. L’entreprise a
dégagé un chiffre d’affaires 2014 de
48 000 euros.
Duck Me
Île-de-France
Polabox
Devenir le chef de file de
l’impression de photo mobile
en Europe en vingt-quatre
mois. Telle est l’ambition
d’Antoine Le Conte, qui a
fondé Polabox, un nouveau
moyen d’imprimer les photos prises avec un
smartphone. Polabox a déjà séduit en Espagne,
où le bureau ouvert en juillet 2014 représentait
déjà 15 % des ventes au mois de novembre.
Antoine Leconte se lance en 2015 à la conquête
du marché britannique, avant de s’attaquer à
l’Allemagne, au Benelux et aux pays nordiques.
Thibaut Lemay, 31 ans, Nord-Est
Mazeberry
Thibaut Lemay et son équipe
ont lancé la solution
Mazeberry qui, grâce à un
algorithme, permet aux
annonceurs de contrôler leurs
investissements marketing sur
Internet. La start-up a également l’intention de
lancer un service supplémentaire qui permettra
à ses clients d’exploiter la solution Mazberry en
moins de temps et donc de plus se consacrer
aux prises de décision.
Caroline Laroche, 25 ans, Ouest
CoRide
Faire des sports de glisse un
vecteur de cohésion sociale.
Voilà l’idée pleine de fraîcheur
de Caroline Laroche qui a créé
CoRide. Elle propose à des
particuliers de rompre avec la
grisaille ambiante du quotidien et de venir
(re)découvrir la passion de la glisse, de la mer et
de la montagne, au sein d’une communauté de
passionnés. Par quel moyen ? En transformant
des maisons de particulier en auberge, le temps
d’une saison ou d’une semaine.
David Houssemand, 33 ans, Sud-Est
Inventy
Inventy est un cabinet de
conseil et d’édition de logiciels
qui aide ses clients à déployer
plus vite les solutions du
deuxième éditeur mondial de
logiciels, l’allemand SAP, et à
en faire baisser le coût en limitant les risques.
Ambitieux, le fondateur d’Inventy, David
Houssemand, espère en 2015 atteindre 7 millions
d’euros de chiffre d’affaires et recruter plus de
30 personnes en France et à l’international.
Matthias Cadet, 28 ans, Sud-Ouest
Max à Table !
Max à Table !, « Le Fast Good
connecté », fait de la
restauration rapide à la
française goûteuse et
équilibrée, d’où le concept de
« Fast Good ». Son fondateur
Matthias Cadet parie sur l’hyperspécialisation
autour du burger et de la salade. Parrainé par le
chef cuisinier Michel Roth, Max à Table ! a aussi
pour originalité de proposer des jeux interactifs
et collaboratifs pour petits et grands afin de
transformer le temps d’attente du repas en
divertissement.
LA TRIBUNE -VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
SOCIAL BUSINESS
François-Xavier Potier, 23 ans,
Centre-Est
CitybyCitizen
CitybyCitizen est une
plateforme en ligne qui met
en contact les touristes et
les habitants. Visites et
autres expériences ludiques
sont proposées sur la
plateforme par les locaux aux touristes qui
n’ont qu’à choisir en ligne celles qui leur
correspondent le mieux. Ou comment
transformer des touristes en voyageurs.
Stéphane Millet, 23 ans, Sud-Ouest
Guide Like You
Guide Like you est un site
Internet de mise en relation
des voyageurs avec les
locaux pour que ces derniers
leur fassent visiter la ville de
façon authentique. Appelés
« SmartGuides », les locaux (particuliers ou
guides professionnels) créent leur page sur
le site Guide Like You. Ils proposent par
exemple des balades dans la ville en petit
comité. Le but étant de faire découvrir aux
touristes les endroits cachés que seuls les
locaux connaissent.
Pierre Janicot, 32 ans, Île-de-France
structure créée par Ramzi Harbi propose une
pédagogie alternative mêlant le jeu et la
manipulation afin de promouvoir les arts et
les sciences auprès des jeunes. Un bel
exemple d’initiative entrepreneuriale dans le
giron de l’économie sociale et solidaire.
Jeremy Petraud, 22 ans, Centre
Valise
Valise est l’acronyme de
« Voyage apprentissages
loisir inoubliable sortie
exceptionnelle ». Cette
société coopérative et
participative (Scop) établie
à Châteauroux propose à des personnes en
situation de handicap mental des séjours
adaptés, des ateliers d’apprentissage pour
combattre l’illettrisme, ainsi que des activités
ludiques à vocation socioculturelle.
Loic Moncany, 23 ans, Sud-Ouest
Tawa Covoiturage
Tawa Covoiturage est une
plateforme Internet de
covoiturage consacrée à
l’événementiel et à la
culture, qui permet à des
voyageurs de se rendre
ensemble à des événements culturels bien
précis. Pour son fondateur Loïc Moncany,
Tawa Covoiturage est le meilleur moyen de
faire de nouvelles rencontres, car les
voyageurs partagent de fait certaines
affinités.
ZeWaow !
L’a p p l i c a t i o n m o b i l e
ZeWaow ! a été créée pour
provoquer des rencontres
imprévues juste à côté de
chez soi. Besoin d’un
renseignement ou d’un
service ? Demandez par le biais de
l’application si quelqu’un peut vous aider.
L’initiative ZeWaow ! a pour but de bonifier les
relations entre voisins, de créer des liens
entre générations et de remettre le « vivreensemble » sur le devant de la scène.
Ramzi Harbi, 29 ans, Nord-Est
En piste l’artiste !
En piste l’artiste ! est une
association spécialisée dans
la démocratisation de la
culture, avec comme outils
principaux les pratiques
ludo-éducatives. La
START
Tristan Gibausset, 32 ans, Centre-Est
Explorajob
Avec son site Explorajob,
Tristan Gibausset mise sur
l ’e nv o i d e C V p a r
candidature spontanée
ciblée. Ce type de
candidature permettrait
selon Pôle Emploi de pourvoir 25 % des
postes en France, tous les ans. Sur Explorajob,
un candidat indique ses critères de recherche
d’emploi et son profil. L’algorithme du site se
charge ensuite de trouver les adresses
électroniques de recruteurs pertinents pour
la candidature et transmet le CV directement
par email.
Romain Duflot, 23 ans, Sud-Ouest
Moto Display
Avec le GPS Motodisplay,
Romain Duflot propose une
solution alternative aux GPS
traditionnels sur le guidon
des motos ou des scooters,
qui peuvent nuire gravement
à la sécurité des motards. Son idée : un
dispositif optique projetant les informations du
GPS dans le casque sur un écran virtuel et
transparent. Il permet au motard de ne plus
quitter la route des yeux.
Charlotte Cadé, 27 ans, Île-de-France
Brocante Lab
« Numériser » la brocante, un
secteur resté très
traditionnel, voilà l’idée
innovante de Charlotte Cadé
qui a créé Brocante Lab.
Sorte de « Leboncoin »
spécialisé dans le mobilier et la décoration
vintage, cette plateforme Internet très
ergonomique réunit acheteurs et vendeurs
professionnels, mais aussi des particuliers qui
souhaitent chiner en ligne.
Adrien Bodennec, 29 ans, Centre-Est
ByFrançais.com
ByFrançais.com applique le
made in France aux ventes
privées et aux achats
groupés. L’initiative d’Adrien
Bodennec a pour objet de
proposer des produits
fabriqués en France aux meilleurs prix et se
veut entièrement transparente avec les
consommateurs. La gamme de produits
couvrira la mode, l’habillement, l’ameublement,
les loisirs, l’alimentation, les boissons, la cuisine
et bien d’autres produits fabriqués en France.
Guillaume Rolland, 18 ans, Ouest
Snapkin
Snapkin est un outil de
mesure et de mise en plan
3D destiné aux architectes,
aux géomètres ou encore
aux agences immobilières. Ce
projet a pour but de rendre
la 3D accessible au plus grand nombre grâce
à la simplification des outils de mesure
traditionnels et à la réduction de leurs coûts.
Il permet de créer automatiquement une
version 3D de l’intérieur d’un habitat.
Nicolas Cargou, 26 ans, Sud-Ouest
Vendre des odeurs en guise
de réveil-matin, l’initiative du
tout jeune Guillaume Rolland
peut intriguer. Le Réveil
Olfactif SensorWake propose
pourtant plusieurs choix
d’odeur qui réveillent (menthe, café, fraise
tagada, viennoiserie…). Ce projet ne laisse pas
insensible : le SensorWake a été premier projet
français sélectionné pour le concours
international d’invention de Google, « Google
Science Fair » .
SamBoat.fr est un site de
location de bateaux entre
particuliers. Son fondateur
Nicolas Cargou promet que
le propriétaire peut refuser
un mauvais navigateur grâce
à un système de notation sur le site, et que le
bateau est assuré durant toute la période de
la location. Il explique aussi que SamBoat.fr
permet de louer des bateaux de propriétaires
30 % moins cher.
Levée de fonds, embauches, partenariats industriels… les six entrepreneurs
récompensés en juin dernier ne se sont pas reposés sur leurs lauriers. Ils surfent
sur la vague du succès depuis un an. Et ils n’entendent pas s’arrêter là.
Matthieu Glayrouse,
cofondateur d’Octopepper,
33 ans (Numérique)
Le Bordelais a renforcé
sa structure financière
en intégrant une équipe
internationale dans son conseil
d’administration.
« Nous avons aussi amélioré
l’expérience utilisateur sur notre
plateforme Yummypets pour
les 400 000 propriétaires
d’animaux membres de notre
réseau social, qui seront un million
à la fin de l’année. » Il a noué
cinq partenariats industriels pour
lancer en septembre avec Orange
son collier connecté pour chien.
Pour débuter à l’international,
il recherche deux commerciaux
doués en community management
pour développer Yummypets
en Espagne et au Royaume-Uni.
Jérémy Guillaume, 26 ans, Sud
SensorWake
LES LAURÉATS 2014 DU PLTJE, TOUJOURS AU TOP
Laurent Berthuel, fondateur
de Printerrea, 34 ans
(Social Business)
L’entrepreneur normand
de 35 ans a doublé ses effectifs
en un an. Printerrea compte
désormais 21 salariés,
dont les deux personnes qui
étaient en formation
en juin dernier. « Nous recruterons
cinq à dix personnes de plus
d’ici à la fin de l’année :
des techniciens pour fabriquer
nos cartouches d’encre recyclées,
et des développeurs d’affaires.
Les travailleurs handicapés
sont toujours les bienvenus. »
L’usine de Dreux s’agrandit avec
l’ajout de 1 000 m2 de stockage
et 800 m2 de production.
Son chiffre d’affaires, de 1,3 million
d’euros en 2014, devrait
à nouveau doubler en 2015.
© ALIKAPHOTO (A.C)
I 9
PRIX DES JEUNES ENTREPRENEURS
Farid Lahlou, cofondateur de Des
Bras En Plus, 29 ans (Services)
La société de déménagement
à la carte fondée à Paris s’étend
en régions cette année. Après Lyon
et Bordeaux, elle vient de se lancer
à Lille. « Nous avons fédéré
30 déménageurs partenaires, et 30
de plus devraient nous rejoindre
d’ici à la fin de l’année. Nous aurons
alors une couverture nationale. »
Le chiffre d’affaires 2014 affiche une
hausse de 75 %, à 1,8 million d’euros,
et devrait doubler en 2015. Dans
les prochains mois, trois animateurs
réseau et trois commerciaux
rejoindront l’équipe de 35 salariés.
Rémy Perla, cofondateur de Rêve
aux Lettres, 31 ans (Start)
Depuis son lancement
en septembre, Rêve aux Lettres
compte 600 abonnés. « Et nous
SamBoat
avons recruté nos trois premiers
salariés. » Lors du Salon du Livre
à Paris, il a présenté sa méthode
d’apprentissage de la lecture
par correspondance au Président
François Hollande et au Premier
ministre Manuel Valls.
« En septembre, nous lancerons
une deuxième histoire participative,
où l’enfant sera mis dans le rôle
d’un directeur de zoo. » D’ici là,
il conclura une levée de fonds
de 200 000 euros et il défendra
la candidature de Strasbourg
au label French Tech, tout en
étudiant des partenariats avec des
industriels du monde de l’enfance.
Dorian Tourin-Lebret, cofondateur
de Smart Impulse, 27 ans (Green
Business)
Il négocie lui aussi pour lever des
fonds. Il s’est lancé à l’international,
équipant des centres commerciaux
au Brésil et au Chili, et des hôtels
en Australie. « Nous voulons
accélérer en Europe. Notre solution
de mesure de la consommation
électrique a convaincu de grands
industriels partenaires. Et depuis
janvier, les commerciaux de GDF
Suez sont formés pour vendre
notre solution. » Installée dans
le XVIIIe arrondissement de Paris,
l’équipe devrait passer
de 15 à 20 salariés d’ici à l’été.
Arnaud Desrentes, fondateur
d’Exoes, 34 ans (Industrie)
Il a levé 2 millions d’euros comme
il l’escomptait. Son équipe de dix
personnes a accueilli cinq ingénieurs
de plus, dont certains débauchés
de grands groupes. Il a perfectionné
sa technologie de récupération
de la chaleur à l’échappement
pour accroître l’économie
en consommation de carburant
pour les camions qui s’en équipent.
Deux universités, en Espagne
et en Belgique, ont validé sa fiabilité
et sa compatibilité avec tous
les modèles. « Notre technologie
est désormais la meilleure
au monde. » Il se porte candidat
à l’initiative MyPositiveImpact,
lancée par Nicolas Hulot. « Vous
pouvez voter pour Exoes jusqu’au
19 avril », suggère ce Bordelais qui
ne perd pas le nord. ■PERRINE CRÉQUY
10 I
L’ÉVÉNEMENT
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
LE DÉCOLLAGE DU FINANCMENT
Avènement de Bpifrance, multiplication des fonds d’entrepreneurs, développement du
crowdfunding… Le financement du début de la vie d’une entreprise s’est considérablement amélioré,
en France. La problématique demeure en revanche sur le front des gros tours de table.
Faire de ses start-up des champions
mondiaux, un défi pour l’Hexagone
D
es ingénieurs de talent,
dont les formations sont
reconnues internationalement, de jeunes entrepreneurs débordant
d’idées, des infrastructures numériques de
premier ordre… La France possède tous
ces ingrédients, qui font de l’Hexagone un
écosystème très favorable à l’éclosion de
start-up. Même le financement n’est
(presque) plus un problème pour les aspirants chefs d’entreprise. Du moins en ce
qui concerne la « vallée de la mort » ou
« equity gap ». Cette fourchette de besoins
de financement compris entre 500 000 et
2 millions d’euros, lorsque les jeunes
pousses sont déjà trop importantes pour
se contenter du « love money » de leurs
proches, mais pas encore assez grandes
pour intéresser les fonds de capital-risque,
a longtemps été le parent pauvre du cycle
de financement des start-up françaises.
LES FONDS DE CAPITALCROISSANCE FONT DÉFAUT
Mais, avec la multiplication des fonds
d’entrepreneurs, comme Kima Ventures et
Jaina Capital – les fonds de Xavier Niel et
de Marc Simoncini, fondateurs respectifs
de Free et de Meetic –, le lancement d’initiatives publiques telles que Bpifrance (la
Banque publique d’investissement), devenue en deux ans l’un des principaux
acteurs du capital-risque en France, les
quelque 8 000 business angels que compte
le pays, sans oublier l’assouplissement de
la réglementation du financement participatif, les start-up trouvent plus aisément
qu’il y a quelques années les financements
nécessaires aux premières années de leur
développement.
En revanche, les jeunes pousses éprouvent
encore des difficultés à trouver auprès
d’investisseurs français ou européens les
10, 15, 20 millions d’euros et plus qui leur
permettront de passer à la vitesse supérieure, de devenir des chefs de file internationaux dans leur secteur d’activité, des
« billion dollars companies » selon l’expression de Nicolas Dufourcq, directeur général de Bpifrance. « Le financement d’opérations d’envergure reste difficile en France, nous
ne savons pas financer les besoins en capitaux élevés », avait reconnu Michel Sapin,
ministre des Finances, le 25 novembre, lors
de la journée du capital-développement
organisée par l’Afic (Association française
des investisseurs pour la croissance). De
fait, la France manque de fonds de capitalrisque de grande taille, dotés d’une force
de frappe de l’ordre de 500 millions d’euros. Une taille critique qu’il devient indispensable d’atteindre, les besoins en capitaux propres des entreprises de croissance
pouvant aller aujourd’hui jusqu’à 50 millions d’euros, et la majorité des fonds de
capital-risque ne pouvant pas allouer plus
de 10 % de leurs actifs à une seule et même
société, afin de respecter leurs ratios
d’emprise.
Si les fonds de « large venture » ou de
« capital-croissance » font défaut à l’Hexagone, c’est d’abord parce que cette catégorie d’investissement est particulièrement risquée, du fait de l’ampleur des
capitaux nécessaires à l’internationalisation d’une start-up, à l’industrialisation de
sa technologie ou encore à son déploiement sur de nouveaux segments de clientèle. Et ensuite, parce que cela fait plusieurs années que le capital-risque n’a
plus les moyens d’accompagner les jeunes
pousses à ce stade de leur développement,
ses ressources se raréfiant en raison de la
désaffection, d’un côté, des banques et des
assureurs, confrontés aux nouvelles réglementations relatives au renforcement de
leurs fonds propres et, de l’autre, des particuliers, refroidis par les coups de rabot
fiscal donnés à l’investissement dans les
PME.
Conséquence, les start-up françaises parvenues à un certain degré de maturité n’ont
d’autre solution que de se tourner vers des
investisseurs étrangers pour tenter de
devenir des champions mondiaux. « En
Europe, 40 % à 60 % des tours de table supérieurs à 10 millions d’euros sont financés par
des fonds américains », avait indiqué Bruno
Crémel, general partner de Partech Growth,
le 26 janvier, lors du lancement de ce fonds
de capital-croissance, doté de 200 millions
d’euros à l’issue d’un premier « closing », et
qui investira des tickets de 10 à 45 millions
d’euros dans des start-up du secteur hightech. La création de ce fonds de large venture doit aider à remédier au « décalage qui
existe en Europe entre la maturité de l’écosystème des entreprises de haute technologie et la
maturité de l’écosystème financier », selon
Bruno Crémel.
Autrement dit, l’offre de financements n’a
pas suivi l’accélération du développement
des start-up high-tech européennes, un
développement caractérisé ces dernières
années par l’apparition de numéros un
mondiaux en puissance comme Criteo, le
spécialiste du ciblage publicitaire sur
Internet. « L’Europe a dix à quinze ans de
retard sur les États-Unis sur la thématique
du capital-croissance. Or il existe en Europe
toute une génération d’entrepreneurs en série
dont les start-up arrivent aujourd’hui à une
certaine maturité », renchérit Omri
Benayoun, general partner à Partech
Growth.
L’INTRODUCTION EN BOURSE,
LE PROBLÈME QUI PERDURE
Un an plus tôt, c’est Bpifrance qui avait
lancé Large Venture, un fonds de 500 millions d’euros destiné à investir des montants unitaires de 10 à 50 millions d’euros
dans des start-up des secteurs du numérique, du développement durable et de
la santé. Bpifrance a d’ailleurs investi
80 millions d’euros dans Partech Growth,
et 50 millions dans un autre fonds de large
venture, Keensight IV, doté de 250 millions
d’euros et lancé en octobre par Keensight,
l’ex-R Capital. Enfin, dans le cadre du plan
Juncker, Bpifrance a proposé à la Commission européenne que ce programme
d’investissement conçu pour relancer
l’économie du Vieux Continent abonde
systématiquement chaque nouveau fonds
de capital-risque transnational créé. L’objectif : favoriser l’émergence de très grands
fonds, gérant quelque 300 millions d’euros
d’actifs, afin d’aider le capital-risque européen à jouer à armes égales avec le venture
capital américain. « Le phénomène est plus
récent que dans la vallée de la mort, mais il
n’y a presque plus de problème non plus sur
le créneau du capital-croissance », estime
ainsi Nicolas Dufourcq, directeur général
de Bpifrance (lire son interview pages 5
et 6). Restera à résoudre le problème de
l’étape ultime du financement des start-up,
à savoir l’introduction en Bourse. En effet,
à l’image de Criteo, la cotation sur le Nasdaq américain semble devenir un standard
pour les jeunes pousses françaises.
Une démarche certes logique pour des
sociétés réalisant la quasi-totalité de leur
activité aux États-Unis et dont la majorité
des concurrents sont cotés outre-Atlantique. Mais il faut bien reconnaître que,
d’une manière générale, le Nasdaq est the
place to be pour les start-up, en particulier
high-tech, indépendamment de la proportion de leur chiffre d’affaires réalisée aux
États-Unis. Wall Street offre en effet une
liquidité, une visibilité auprès des investisseurs et, partant, une valorisation sans
commune mesure avec la place de Paris.
EnterNext, la filiale d’Euronext consacrée
aux PME, a lancé fin 2014 des initiatives
destinées à relancer l’attractivité de la
place parisienne, mais sans doute faudraitil aller plus loin encore, vers la création
d’un Nasdaq européen. n
CHRISTINE LEJOUX
« En Europe,
40 % à 60 %
des tours de table
supérieurs à
10 millions
d’euros sont
financés par
des fonds
américains »,
avait indiqué
Bruno Crémel,
general partner
de Partech
Growth,
le 26 janvier,
lors du lancement
de ce fonds
de capitalcroissance, doté
de 200 millions
d’euros à l’issue
d’un premier
« closing »,
et qui investira
dans des start-up
du secteur
high-tech.
© PIERRE ANDRIEU FOTOLIA STEPHANE
DE SAKUTIN / AFP
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12 I
L’ÉVÉNEMENT
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
QUE FAIT L’ÉTAT ?
Hollande et les start-up : des
premières gaffes à la lune de miel
Après la révolte des « Pigeons », le gouvernement a tenté de renouer le dialogue
avec les créateurs de start-up. Malgré quelques maladresses, le soutien
désormais accordé à la French Tech est-il le marqueur d’un nouveau départ ?
pliquer aux entreprises. Au total, ce sont
plus de 9 milliards d’euros d’impôts supplémentaires qui ont été votés par le Parlement. Les Pigeons font des émules.
Comme une traînée de poudre, d’autres
mouvements se fédèrent, parmi lesquels
les Moutons, les Moineaux, les Poussins
puis les Bonnets rouges en Bretagne pour
hurler leur opposition à la politique économique du gouvernement.
Devant l’ampleur du mouvement de
contestation, dont l’acmé sera la semaine
de protestation des chefs d’entreprise
début décembre 2013, le gouvernement
fait machine arrière. Des Assises de l’entrepreneuriat sont lancées. Il faut déminer
le terrain. Elles sont ouvertes le 14 janvier.
Des groupes de travail phosphorent pour
trouver les solutions capables de faire
émerger les champions de demain de l’économie française. Dans son discours de
clôture des Assises, le 29 avril 2013, François Hollande annonce la simplification de
la fiscalité sur les plus-values de cession.
Les Pigeons ont gagné !
En octobre 2013,
Le « mouvement
des Pigeons »
fédère
rapidement
au-delà des seuls
startuppeurs
pour dénoncer
un projet de loi
de finances
« létal » pour
les entreprises
de croissance.
Aujourd’hui,
les Pigeons
se sont assagis
(lire l’encadré).
© ISTOCK
C
’
était une révolte. Elle
a entraîné une révolution. Paraphrasant la
célèbre réponse de
Gaëtan de La Rochefoucauld à Louis XVI,
qui s’interrogeait sur la nature des événements au lendemain de la prise de la Bastille, c’est ainsi que l’on pourrait décrire la
révolution copernicienne subie par l’Élysée et les différents locataires de Matignon
et de Bercy.
Un rappel historique s’impose. Rentrée
2012, quelques mois après l’élection de
François Hollande à la présidence de la
République, la présentation du projet de
loi de finances (PLF) 2013 déclenche une
émeute parmi les dirigeants de start-up.
L’article 6 du projet de budget alourdit
brutalement la fiscalité des plus-values de
cession d’entreprise. La taxe appliquée
voit son taux grimper de 34,5 % à 60 % et
même 63,5 % dans certains cas.
Dans une tribune choc publiée sur le site
de… La Tribune (Latribune.fr), Jean-David
Chamboredon, le fondateur du fonds d’investissement ISAI Gestion qui soutient le
développement des start-up se déchaîne :
« Taxer le capital investi dans une PME de
croissance plus que l’immobilier, l’art ou des
placements de père de famille, c’est totalement
nier cette contribution à la croissance que
nous recherchons. Taxer ce capital comme le
travail c’est nier à la fois le risque pris – on
peut tout perdre si l’entreprise connaît des
difficultés – et l’illiquidité associée puisque les
business angels ou investisseurs en capital
restent souvent entre sept et dix ans au capital
des entreprises. Passer brutalement d’une
taxation de 19 + 13,5 = 32,5 % à 45 + 15,5
= 60,5 % – voire plus si la CSG augmente
encore et si on y ajoute des contributions
exceptionnelles –, c’est létal, et cela signifie
condamner à mort l’économie et la croissance
de notre pays ! », écrit alors Jean-David
Chamborédon. Carlos Diaz, le fondateur
de Kwarter, une start-up installée dans la
Silicon Valley, surenchérit sur les réseaux
sociaux. Un compte Twitter et une page
Facebook sont lancés par Carlos Diaz,
Fabien Cohen de Whoozer, Tatiana Jama
Gomplewicz de Living Social, Jérémy Benmoussa de Up2Social et Ruben Nataf de
10 Days in Paris. Sur sa page Facebook, le
club d’entrepreneurs en colère publie un
manifeste en octobre signé par le « Mouvement des Pigeons ».
UNE RÉVOLTE QUI FÉDÈRE
ET FAIT PLIER L’ÉLYSÉE
La révolte a désormais un nom. Le Mouvement des Pigeons est né ! En quelques
jours, il enregistre plus de 75 000 signatures
de soutien. Tous les signataires ne sont pas
des créateurs de start-up. Beaucoup de
chefs d’entreprises classiques rejoignent
les Pigeons pour dénoncer le choc fiscal
que ce PLF très controversé prévoit d’ap-
LES MALADRESSES RÉPÉTÉES
D’ARNAUD MONTEBOURG
Avec cette décision, l’exécutif espérait
renouer le dialogue avec les entrepreneurs. Mais la partie n’est pas gagnée.
Deux semaines avant le discours du chef
de l’État, Arnaud Montebourg, alors
ministre du Redressement productif,
fait des siennes. En pleine tentative de
réconciliation avec les entrepreneurs, il
envoie un très mauvais signal aux chefs
d’entreprise.
Un nouveau rappel des faits s’impose ici.
Yahoo!, le géant de l’Internet américain,
souhaite alors acquérir 75 % du capital de
la plateforme vidéo Dailymotion, filiale
d’Orange, ex-France Telecom. À quel prix ?
300 millions de dollars, soit 223 millions
d’euros. Pour convaincre l’État, qui détient
27 % du capital de l’ex-France Telecom, et
emporter la mise, Yahoo! promet de garder
ce qu’il appelle « un centre de gravité » dans
l’Hexagone, c’est-à-dire une fonction stra-
tégique, et de créer un centre de recherche
et de développement. En total désaccord
avec Stéphane Richard, le PDG d’Orange,
Arnaud Montebourg s’y oppose fermement, sauf si l’américain se contente de
50 % du capital. Le dossier est refermé.
Dailymotion doit trouver un autre partenaire pour se renforcer. Ironie de l’histoire,
le 14 mars, Orange annonce être en négociation exclusive avec le groupe hongkongais PCCW pour céder 49 % de sa filiale…
avant qu’Emmanuel Macron, son successeur à Bercy décide de privilégier une solution européenne, voire française – Vivendi
vient opportunément de faire une proposition d’achat de 49 % de Dailymotion, pour
250 millions d’euros.
Reste que ce veto dans le dossier Dailymotion ne fut pas la seule maladresse d’Arnaud Montebourg à l’encontre des start-up.
En décembre 2013, déjà, le bouillant
ministre s’écharpe sur les réseaux sociaux
avec Xavier Niel, le fondateur de Free. Pour
quel motif ? Il accuse Free et sa politique
commerciale agressive d’avoir entraîné des
destructions d’emplois dans les télécoms.
Lors du salon LeWeb organisé à SaintDenis et qui rassemble les principaux
acteurs de la nouvelle économie, Arnaud
Montebourg enfonce le clou en déclarant :
« We need to slow innovation to protect the old
businesses », ce que l’on peut traduire librement par « Nous acceptons l’innovation à
partir du moment où elle ne perturbe par les
entreprises historiques ».
Bref, la réconciliation est délicate. Depuis,
les temps ont-ils changé ? L’émergence du
concept de la French Tech que le gouvernement soutient via le programme des
investissements d’avenir (PIA) et tente
d’organiser suscite l’enthousiasme. Les
mesures contenues dans la loi Macron,
comme la relance des bons de souscription
de parts de créateur d’entreprise (BSPCE,
voir l’encadré ci-dessous) sont également
saluées. Ce ne serait qu’un début. Les
entrepreneurs attendent avec impatience
de nouvelles mesures. Elles devraient
bientôt arriver. Matignon est à la
manœuvre. Après les espoirs déçus,
l’idylle ? n
FABIEN PILIU
QUAND « LES PIGEONS » SALUENT L’ACTION DE BERCY
D
ans le volet « Investir »
de la loi Macron, les start-up
sont à l’honneur. Pour aider
ces jeunes pousses de l’économie
à attirer, motiver et conserver
les meilleurs, Bercy a pris le parti
de dépoussiérer l’actionnariat
salarié. Comment ? En simplifiant
la fiscalité des dispositifs de bons
de souscription de parts
de créateurs d’entreprises (BSPCE)
et la procédure d’attribution
gratuite d’actions.
Pour mémoire, les BSPCE sont
des bons, attribués gratuitement
ou non, qui donnent le droit à son
bénéficiaire de souscrire, au cours
d’une période déterminée,
des actions dont le prix est fixé lors
de l’attribution des BSPCE. Seules
les entreprises de moins de quinze
ans dont le capital est détenu
au moins à 25 % par des personnes
physiques et dotées
d’une valorisation inférieure
à 150 millions d’euros si elles sont
cotées en Bourse, peuvent
distribuer des BSPCE.
Concrètement, la loi prévoit
que les start-up puissent
en attribuer sur leurs propres titres
à tous leurs salariés, et y compris
à ceux de leurs filiales. Jusqu’ici,
ce n’était pas possible. Le dispositif
se prolonge en cas de fusion
– un phénomène courant – entre
plusieurs start-up.
Les attributions gratuites d’actions (AGA)
aux salariés relèvent du même
objectif : motiver les collaborateurs
auxquels l’entreprise ne peut
verser des salaires importants,
faute de ressources suffisantes.
On sent clairement la patte
des acteurs de la French Tech
dans ce coup de pouce fiscal.
Et la révolte des Pigeons
paraît désormais bien loin.
La preuve, ils saluent l’initiative
du gouvernement ! ■ F. P.
I 13
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
LES ALLIANCES D’ENTREPRISES
Pourquoi les grands groupes
se frottent aux jeunes pousses
Les programmes d’accélération de jeunes
pousses et les fonds de capital-risque
d’entreprise se multiplient. Presque tout
le CAC 40 s’est mis à l’innovation ouverte,
motivé par le besoin de se réinventer
et la crainte de se faire « ringardiser »
par un nouvel entrant venu du numérique.
H
«
ack the drone »,
autrement dit
« venez pirater les
drones ! » C’est
l’invitation de
GDF Suez aux
développeurs et startuppeurs pour son
« hackaton », un concours-marathon de
développement d’applications, organisé sur
trois jours à la fin du mois à l’école d’informatique 42, fondée par Xavier Niel en partenariat avec le fabricant de drones français Parrot. À gagner : 3 000 euros, deux
mois dans un incubateur et un « accompagnement par des coaches et ingénieurs » du
géant de l’énergie.
Le groupe dirigé par Gérard Mestrallet a
aussi annoncé au début du mois que son
fonds de capital-risque de 100 millions
d’euros, GDF Suez New Ventures, créé en
mai dernier, investissait 2 millions dans
la start-up Redbird, experte dans l’analyse
de données techniques collectées par les
drones, après avoir pris un ticket dans
Sigfox. Des initiatives révélatrices de la
révolution culturelle en cours au sein des
groupes du CAC 40.
Depuis un an, les grandes entreprises rivalisent d’annonces et d’initiatives de coopération avec des jeunes pousses – prix,
concours, incubateurs, accélérateurs,
investissements –, dans une démarche réellement stratégique pour certaines mais
aussi de communication et d’image, surfant sur cet engouement généralisé pour
ces entrepreneurs de nouvelle génération.
L’APPEL ENTENDU
D’EMMANUEL MACRON
Pourtant, à l’automne dernier, Philippe
Lemoine, auteur d’un rapport sur la transformation numérique de notre économie
commandé par le gouvernement, constatait que les grands groupes français
étaient encore trop souvent dans une attitude de crainte à l’égard des nouveaux
acteurs venus du numérique, demandant
à l’État de les protéger de ces « barbares ».
C’est la fameuse crainte de « se faire uberiser », évoquée par Maurice Lévy, le président du directoire de Publicis, en référence à Uber, la start-up californienne
connue pour son application mobile de
mise en relation avec des chauffeurs de
véhicules de tourisme sans licence de taxi.
Or « un grand groupe ne pourra réussir sa
transformation numérique juste avec
quelques consultants, il faut intégrer des
talents, des compétences numériques, en
acquérant des start-up, cela vaut aussi pour
les PME et ETI », insiste-t-on à Bercy.
Emmanuel Macron, le ministre de l’Économie, de l’Industrie et du Numérique, a
invité à plusieurs reprises les grands
groupes à travailler davantage avec les
start-up, ou même à les racheter, considérant
qu’« il n’y a pas de raison que seules les entreprises américaines rachètent nos start-up ».
Un appel visiblement entendu. À titre
d’exemple, aujourd’hui près de la moitié
des entreprises du CAC 40 sont clientes
des programmes de transformation numérique et d’innovation ouverte du Numa, qui
compte Orange et BNP Paribas parmi ses
sponsors, aux côtés de Google.
Certains grands groupes industriels pratiquaient déjà l’innovation collaborative,
l’ouverture de leur R&D à des établissements de recherche, des PME et des startup du secteur, mais dans une logique de
filière plutôt que dans l’approche transversale, décloisonnée, du numérique.
Le Partech Shaker, présenté justement
comme un « campus consacré à l’innovation
ouverte dans le numérique », ouvert en
décembre par le fonds d’investissement
Partech Ventures, a attiré plusieurs grands
groupes qui veulent se frotter à l’écosystème du numérique, de Saint-Gobain à la
BNP, Lagardère Active ou Alcatel-Lucent.
« L’ESPRIT D’ENTREPRISE
ET LA PRISE DE RISQUE »
« Comme beaucoup, on est secoué, “disrupté”,
malmené. On dit aux start-up : venez nous
aider à réinventer le groupe », a ainsi justifié
Éric Scherer, le directeur de la prospective
de France Télévisions, également partenaire. « Dans une économie numérique où
l’agilité est un facteur clé de succès, grands
groupes et start-up ont un intérêt partagé à
collaborer », a déclaré de son côté Michel
Combes, le directeur général d’Alcatel, qui
souhaite « renouer avec l’esprit d’entreprise
et la prise de risque ». Cependant, les startup, comme les PME, ont parfois des réticences, craignant d’être étouffées, de
perdre leur indépendance, de se fermer des
portes en s’associant de façon intime à certains grands groupes.
« Il n’y a pas de
raison que seules
les entreprises
américaines
rachètent
nos start-up »,
affirme
Emmanuel
Macron,
le ministre
de l’Économie,
de l’Industrie
et du Numérique.
© AFP PHOTO/ ALAIN
JOCARD
GDF Suez, le
groupe dirigé par
Gérard Mestrallet,
vient d’investir
2 millions d’euros
dans la start-up
Redbird,
via son fonds
de capital-risque
GDF Suez New
Ventures.
© REUTERS/CHARLES
PLATIAU
Afin de faire le lien entre ces deux univers qui
ne parlent pas toujours la même langue, les
banques veulent jouer aussi leur rôle
d’« entremetteur » pour former des
« couples », à l’image de BNP Paribas et son
programme Innov & Connect ou de Bpifrance
qui a lancé le « Hub » qu’elle présente comme
le « Meetic des start-up et ETI ». Les pôles de
compétitivité, qui avaient déjà la vocation de
fédérer les acteurs d’une filière, se posent
aussi en intermédiaires : le pôle francilien
Systematic vient ainsi de lancer l’initiative
« meet the big boss », un déjeuner entre un
PDG du CAC 40 et des entreprises innovantes, que Michel Combes a inauguré.
La démarche est forcément intéressée, d’une
manière ou d’une autre : il s’agit d’inciter à
utiliser ses produits, devenir fournisseur à
court terme ou en faire des clients plus tard,
ou de compléter son offre avec une solution
innovante. Les grands groupes, pas seulement
français, l’ont bien compris. « Il n’y a pas de
projet qui fonctionne sans intérêt réciproque, il y
a toujours un enjeu business : les entreprises sont
très fidèles à celles qui les ont aidées », reconnaît
Gérald Karsenti, le patron de HP France, qui
a lancé son programme HP start-up à l’automne : les 22 jeunes pousses sélectionnées
bénéficient d’un accompagnement personnalisé d’un cadre dirigeant du groupe informa-
tique, de son réseau de partenaires et d’un
« kit de démarrage », à savoir des solutions
logicielles HP à tarif préférentiel. « L’intérêt de
ce programme est de stimuler l’innovation, d’aider des start-up à se développer et de nous challenger nous-mêmes : on injecte une logique de
start-up dans l’entreprise », fait valoir le PDG
de HP France. Mais le groupe ne va pas
jusqu’à investir au capital.
ORANGE DÉPLOIE
SA STRATÉGIE DU MARIAGE
Orange a décidé d’aller plus loin et d’inter­
agir de plusieurs manières avec les startup. Il a lancé son propre programme d’accélération, qui a démarré en 2013 dans la
Silicon Valley avant d’être décliné dans
plusieurs pays, dont la France bien sûr, où
l’opérateur cherche sans détours « des
start-up françaises ayant développé un produit
qui transforme la façon dont nous communiquons ». Pascal Latouche, le directeur du
programme Orange Fab France, insiste :
« L’objectif est de marier une start-up avec une
de nos business units pour aboutir à un
contrat commercial, nous lui ouvrons notre
parc de clients et il faut que le produit puisse
être rapidement intégré dans nos propres
roadmaps. On ne se situe pas dans un rapport
client-fournisseur. »
Les six start-up peuvent être hébergées chez
Orange et bénéficier d’un prêt de
15 000 euros sous forme d’obligations
convertibles. L’opérateur peut même décider
d’investir au capital : c’est ce qui est arrivé à
Afrimarket, qui a fait partie de la première
saison d’Orange Fab. Cofondée par l’énergique Rania Belkahia, cette start-up, repérée
initialement par Xavier Niel qui avait investi
en amorçage, a signé en fin d’année un partenariat commercial avec Orange qui a intégré sa solution de transfert d’argent en
« cash-to-goods » sous forme d’option au service Orange Money, avant que le nouveau
fonds de l’opérateur, Orange Digital Ventures, n’investisse 1 million d’euros fin janvier. Une belle success story en devenir. n
DELPHINE CUNY
14 I
L’ÉVÉNEMENT
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
FINANCEMENT
« Mieux vaut vivre aux États-Unis
que mourir en France ! »
Marc Simoncini, le fondateur de Meetic et du fonds d’investissement
Jaïna Capital, conseille aux startuppeurs qui peinent à lever 3 millions
d’euros en France de signer avec des Américains et de s’installer
sur place. Une manière d’échapper à la fameuse « vallée de la mort ».
L
a scène est édifiante. Une
équipe de jeunes startuppeurs
français, à la recherche de
1,5 million d’euros, explique à
l’un de ses investisseurs, Marc
Simoncini, le célèbre fondateur
de Meetic devenu business angel, qu’elle peine
à lever l’argent et que les fonds américains
réclament qu’ils déménagent là-bas. L’entrepreneur, connu pour son franc-parler les
conseille : « Partez ! Il vaut mieux vivre aux
États-Unis que mourir en France. » Et le reportage de l’émission « Capital », diffusé sur M6
en ce dimanche soir du 22 mars 2015, de
conclure à « l’immense gâchis du système français qui pousse les start-up les plus prometteuses
à quitter l’Hexagone », avant d’embrayer sur
une jeune pousse partie s’épanouir en Californie. De quoi décourager les dirigeants de Bpifrance qui martèlent qu’il n’y a (presque) plus
de problème de financement pour les start-up
en France.
Il est vrai que ces derniers temps, chaque
mois, voire chaque semaine, de jeunes entreprises de la French Tech annoncent des levées
de 1 à 2 millions d’euros ou plus, souvent avec
Bpifrance, par exemple Easyrecrue (2,5 millions), Fabshop (1,2 million), Famicity (2 millions), ou sans la banque publique, auprès de
fonds de capital-risque ou de business angels, à
l’image de Dayuse (1 million), Amplement
(1 million), Chauffeur-privé (5 millions), Lydia
Solutions (3,6 millions).
« PITCH » À MATIGNON
ET XAVIER NIEL AU CAPITAL
La start-up dont il est question dans le reportage s’appelle Wandercraft. Fondée en 2012
par de jeunes diplômés de Polytechnique, elle
a conçu un prototype d’exosquelette motorisé
permettant à des paraplégiques ou myopathes
de remarcher de manière naturelle et sans
béquilles. Avec une poignée d’autres start-up,
Wandercraft a eu le privilège de « pitcher » en
novembre dernier devant le Premier ministre
et la crème des investisseurs français, à Matignon, où elle avait confié négocier un tour de
table de 3 millions d’euros. La jeune pousse
de robotique dynamique a déjà levé près d’un
million d’euros auprès de business angels,
notamment Xavier Niel, le fondateur de Free,
via son fonds Kima Ventures, et Jean-Louis
Constanza (fondateur de Tele 2, ex-Orange
Vallée). De bonnes fées sur son berceau, mais
qui ne garantissent pas de passer sans
encombre à l’étape suivante. « L’équipe n’a pas
envie de s’exiler mais de rester en France ! Le
niveau des jeunes ingénieurs et scientifiques, en
maths et en robotique, est excellent chez nous.
Wandercraft a décidé de tester le financement
participatif sur la plateforme Anaxago, pour lever
1,5 million d’euros, en complément d’un tour de
table. Cela reste bien sûr plus long et plus compliqué de convaincre des fonds français quand il
s’agit d’un produit qui n’existe pas encore »,
explique à La Tribune Jean-Louis Constanza,
qui siège au conseil d’administration.
Pourtant, l’entreprise est « à l’heure sur sa
roadmap », son plan de marche, et « montre
des prototypes », souligne-t-il, ajoutant que le
financement est « en bonne voie ». Les cofondateurs avaient expliqué qu’il leur faudrait
encore « un an d’implémentation et un an de
certification », espérant une mise sur le marché
de leur produit grand public en 2016.
Comme l’observe Marc Simoncini dans le
reportage, Wandercraft se trouve dans la « vallée de la mort », cette phase délicate d’une
start-up qui a déjà levé un peu d’argent mais
a besoin « de trouver les 2 ou 3 millions d’euros
L’exil outreAtlantique
est-il inévitable ?
« La vallée
de la mort
est en train
de rapetisser.
La situation est
très différente
par rapport
à il y a dix ou
même cinq ans »,
fait valoir un
porte-parole
de Bpifrance.
© DR
pour grossir ». C’est le fameux « equity gap »,
le manque de financement en fonds propres
de 1 à 5 millions d’euros : un ticket trop gros
pour les business angels ou les fonds d’amorçage, trop petit pour des fonds de capitalrisque.
LA « VALLÉE DE LA MORT »
NE SERAIT PLUS SI FATALE ?
Un terrain sur lequel Bpifrance, la banque
publique d’investissement, intervient de façon
ciblée, alors qu’elle a plutôt mis l’accent sur
les gros tickets et le changement d’échelle de
l’écosystème français. Interrogée, la BPI ne
partage pas du tout les conclusions du reportage sur l’avenir plus radieux outre-Atlantique
pour les start-up françaises. « La vallée de la
mort est en train de rapetisser. La situation est
totalement différente aujourd’hui par rapport à il
y a dix ou même cinq ans » fait valoir un porteparole de Bpifrance.
La banque publique d’investissement accorde
des prêts innovation sans contrepartie (entre
500 000 et 3 millions d’euros) et participe à
des tours de table, mais veut éviter le saupoudrage, préférant miser sur les futurs champions, à l’image de BlaBlaCar, Withings, Sigfox, etc. Bpifrance soutient financièrement un
autre projet de R&D d’exosquelette, à usage
militaire et industriel, RB3D, dans le cadre du
programme d’investissements d’avenir, à hauteur de 3,4 millions d’euros.
« La vallée de la mort existe moins qu’avant, parce
qu’il y a plus d’acteurs du financement auxquels
s’adresser », considère également Jean-David
Chamboredon, le président exécutif d’Isai, le
fonds créé par des entrepreneurs de l’Internet,
dont Pierre Kosciusko-Morizet (Priceminister) et Geoffroy Roux de Bézieux (Virgin
Mobile). « Le paysage s’est amélioré pour une
start-up Internet qui aura des besoins de financement modestes et progressifs. En revanche, la
difficulté demeure pour des projets ambitieux à
forte intensité capitalistique, par exemple dans le
secteur des medtech [technologies médicales,
ndlr]. Pour passer d’une très bonne idée à quelque
chose de concret, il faut plusieurs millions d’euros
et c’est très difficile à trouver », relève-t-il.
Dans les secteurs plus pointus, les start-up ont
en effet peu de fonds vers lesquels se tourner en France, les sociétés d’investissement
généralistes ne voulant pas prendre de risque
dans des domaines qu’elles ne maîtrisent ou
ne comprennent pas. « Les fonds de capitalrisque français ont tendance à investir vite et
Formule
inTégrALe
Avec l’édition abonnés
La Tribune, prenez
les bonnes décisions
bien dans des domaines connus. Ils demandent
à voir du chiffre d’affaires et si possible des bénéfices ! C’est vrai aussi aux États-Unis, mais là-bas
le volume d’investissement disponible est beaucoup plus élevé, ce qui facilite les levées de fonds
sur des produits vraiment nouveaux », analyse
Jean-Louis Constanza. Les Américains investissent 50 fois plus par habitant, les Israéliens
20 fois plus. La concurrence entre start-up
y est aussi beaucoup plus rude et la Silicon
Valley n’est pas forcément l’eldorado pour une
jeune pousse française qui devra parvenir à
se faire connaître dans un milieu dont elle ne
maîtrise pas les codes. Les VC (venture-capitalists) y sont plus aventureux, mais pas moins
exigeants.
RENFORCER LE CAPITALRISQUE FRANÇAIS
Chez Bpifrance, on se montre philosophe :
« Le système devient encore plus sélectif. Il y aura
donc toujours, de plus en plus, de start-up qui
auront du mal à se financer : c’est normal. »
L’objectif n’est « pas uniquement d’arroser les
bonsaïs. Il faut aider des champions français à
émerger. »
L’équipe de la mission French Tech rattachée
à Bercy et le ministre de l’Economie, de l’Industrie et du Numérique, Emmanuel Macron,
ont bien compris l’enjeu et la nécessité de
faire venir des investisseurs américains en
France pour combler ce manque de financement. Un fonds de coinvestissement avec de
grands business angels français, opéré par Bpifrance, dans le cadre du programme d’investissements d’avenir, d’un montant de quelques
dizaines de millions d’euros, sera lancé bientôt, afin de doubler la capacité d’investissement de ces « anges » investisseurs.
Enfin, un concours des meilleures start-up de
la French Tech doit être organisé à Bercy après
l’été avec « les plus grands VC de la planète » a
promis Emmanuel Macron, qui espère aussi
qu’une partie du fonds Juncker sera orienté
vers le soutien au capital-risque européen, afin
de faire émerger des fonds de grande taille
(plus de 300 millions d’euros), capables de
prendre plus de risques. n DELPHINE CUNY
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Marc Simoncini,
fondateur et PDG
de Meetic et
de Jaina Capital,
considère
qu’une start-up
qui a déjà levé
un peu d’argent
mais a besoin
« de trouver
les deux ou
trois millions
d’euros pour
grossir »
a beaucoup
de mal
à surmonter
cette étape,
que l’on appelle
précisément
« la vallée
de la mort ».
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I 15
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
POINT DE VUE
La starification
des start-up suffira-t-elle ?
Start-up c’est bien, mais entreprise c’est mieux. C’est la durée de l’aventure
qui va permettre à la jeune pousse de devenir une véritable entreprise et de générer
durablement les richesses nécessaires à son développement et à celui de notre pays.
PAR
PATRICK
BERTRAND
Directeur
général du
groupe Cegid
I
l n’est pas de jour sans que les médias,
commentateurs, politiques, organisations professionnelles, et bien d’autres
encore, utilisent le mot « start-up »,
nouveau sésame de modernité et de jeunesse. Mieux encore, si le mot start-up est
accolé à objets connectés, big data, impression 3D, intelligence artificielle, que sais-je
encore, il confère à son auteur l’apparence
Il est une réalité qui constitue un tournant
majeur dans le rapport de nos concitoyens à
l’entreprise. C’est un fait, et un bien : ce formidable foisonnement de start-up et de réussites
entrepreneuriales récentes a fait redécouvrir
aux Français l’entreprise et son rôle essentiel
dans le développement économique et social
de la nation. Plus profondément, ils ont compris que le créateur d’entreprise était un
C’est le
moment,
choisissez
EDF.
sont entré(e)s avec passion dans l’aventure
entrepreneuriale.
Cette dynamique a aussi entraîné avec elle de
nouvelles façons de travailler, de développer
l’innovation, et de favoriser l’échange : innovation ouverte, logique de travail entre grands
groupes et start-up, lean management,
méthodes agiles… des bouleversements profonds dans l’organisation du travail qui consti-
Nous avons besoin d’entrepreneurs qui ne se
considèrent pas comme de simples créateurs
d’entreprise, dont le seul objectif serait de
revendre rapidement la « bonne idée ». Un
entrepreneur, c’est un aventurier au long
cours qui va affronter les obstacles de la rencontre avec le marché, du développement
commercial sur son territoire et à l’international, de la course à l’innovation, de la guerre
des talents et des contraintes de financement
d’un développement rapide et pérenne. Tout
cela en maintenant la culture d’entreprise qui
a fait le succès d’origine.
LE « SERIAL ENTREPRENEUR »
N’EST PAS LA PANACÉE
Il n’est, d’ailleurs, pas anodin que soit apparu
ces dernières années le nouveau mot « serial
entrepreneur » – en réalité « serial créateur
d’entreprises » –, qualificatif dont beaucoup
se parent et qui donne une image peu propice
à la compréhension de ce qu’est une véritable
aventure entrepreneuriale. Peu nombreux, en
effet, sont ceux et celles qui ont eu l’incroyable talent de développer, parfois dans
des domaines très différents, plusieurs entreprises ayant acquis une position durable et
GAGNEZ DU TEMPS
POUR VOTRE ENTREPRISE.
Avec la fin des tarifs réglementés de vente d’électricité et de gaz, les
entreprises ayant des sites avec une puissance souscrite supérieure à
36 kVA en électricité ou consommant plus de 30 MWh par an en gaz
doivent souscrire une offre de marché avant le 1er janvier 2016.
C’est le moment de simplifier la gestion de votre contrat en ligne.
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EDF ENTREPRISES INNOVE POUR VOTRE COMPÉTITIVITÉ
L’énergie est notre avenir, économisons-la�!
Pour Patrick
Bertrand,
ce n’est pas tant
le nombre de
start-up créées
qui compte, mais
la possibilité
de leur évolution
vers un statut
de PME.
© DR
du visionnaire et du traducteur avisé de
notre nouveau monde. Qu’en est-il vraiment ? Les start-up sont-elles une vraie
chance pour la France confrontée à l’ardente
obligation de se transformer, ou un simple
effet de mode nous donnant l’illusion que
notre beau pays va reconquérir des places
dans le classement mondial des pays qui
comptent sur le plan économique et de
l’innovation ?
« héros », ce personnage exemplaire de la
mythologie humaine dont les hauts faits valent
qu’on chante sa geste. Point d’aspirations religieuses ou morales dans l’aventure entrepreneuriale, mais bien celle d’œuvrer pour le bien
de soi-même et, directement ou indirectement, pour le bien de la communauté.
L’ÉCHEC ENFIN ACCEPTÉ,
GERME DE LA RÉUSSITE
Dans un pays comme la France caractérisé par un tissu économique composé de
chefs de file mondiaux, malheureusement
souvent diabolisés, et de PME majoritairement issues de métiers traditionnels ou peu
technologiques, le triptyque « technologies,
jeunesse, réussites rapides » a restauré la
compréhension de l’aventure entrepreneuriale et redonné le goût à nos élites universitaires de tenter l’aventure, plutôt que de
suivre des chemins tout tracés.
Pas seulement d’ailleurs nos élites, mais
aussi l’ensemble de nos concitoyens qui ont
soif de reprendre le contrôle de leur vie dans
une société banalisée et angoissante pour
ceux et celles qui sont à la recherche d’un
emploi, notamment les jeunes des quartiers,
dont un certain nombre d’entre eux (elles)
tuent une vraie révolution, rendue nécessaire
par l’indispensable capacité d’adaptation
rapide que requiert notre nouveau monde
numérisé, en mouvement perpétuel.
Plus encore, et peut-être même bouleversement majeur, la compréhension de l’aventure
entrepreneuriale a enfin permis que l’acceptation de l’échec entre progressivement dans
les mœurs de notre société. Elle porte en
germe ce facteur décisif dans la réussite d’une
vie entrepreneuriale, et de la vie en général,
celui d’apprendre de ses échecs, de comprendre comment rebondir, et de considérer
qu’il constitue un atout pour celui ou celle qui
l’a affronté. Cette dynamique est irréversible
et constitue une des évolutions sociétales
majeures de ces dernières années.
Pour autant, cette starification des start-up, et
ses effets bénéfiques, ne doit pas occulter le
véritable bilan économique direct de ce foisonnement et les réalités d’une aventure entrepreneuriale réussie. Start-up c’est bien, mais
entreprise c’est mieux. Le raccourci de la formule a pour objectif de rappeler qu’il n’est pas
d’entreprise sans création d’entreprise, une
tautologie, mais que c’est la durée de l’aventure
qui va permettre à la jeune pousse de devenir
une véritable entreprise et de générer durablement les richesses nécessaires à son développement et à celui de notre pays.
reconnue sur leur marché. Ces parcours
exemplaires magnifient, bien sûr, la démarche
entrepreneuriale, mais ils sont rares.
Le salut viendra donc de notre capacité à
développer un climat et un environnement
propices à l’évolution de nos start-up vers le
statut de PME, mais aussi au développement
de notre remarquable tissu de PME, pour
qu’elles grandissent et deviennent des ETI
dont le nombre fait cruellement défaut à
l’équilibre économique de la France. Soutenir
et accompagner tous ces héros inconnus que
sont les entrepreneurs et dirigeants de PME
des secteurs traditionnels, souvent BtoB, est
essentiel.
Le développement de notre économie, et sa
compétitivité, reposera sur leur capacité à
transformer leurs entreprises pour les adapter
à ce nouvel environnement numérisé, qui
peut tout autant constituer une formidable
opportunité qu’une grave menace pour leurs
modèles économiques. La valeur d’exemplarité des start-up devenues des moyennes et
grandes entreprises constitue un bon accélérateur de cette transformation indispensable
et décisive en termes d’effet économique. Le
message général et médiatique autour de
l’entreprise, moteur du développement économique et social, devrait faire une plus large
part à cet enjeu majeur. ■
16 I
ENTREPRISES
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
ENTRETIEN
GEOFFROY DE LAGASNERIE, philosophe et sociologue, professeur à l’École nationale supérieure d’arts de Paris-Cergy
La loi Valls sur le renseignement,
« indéfendable et inefficace »
© RAPHAËL SCHNEIDER
Auteur de plusieurs livres, il vient de publier L’Art de la révolte. Snowden, Assange,
Manning (Fayard), une réflexion sur le rôle disruptif joué par ce que l’on nomme
désormais les lanceurs d’alerte. L’occasion de lui demander ce qu’il pense du projet de
loi gouvernemental sur le renseignement, de la citoyenneté au regard des potentialités
libératrices du Net, ou encore de la place que doit occuper un intellectuel aujourd’hui.
PROPOS
RECUEILLIS
PAR
ROBERT
JULES
@rajules
Ci-contre,
Geoffroy
de Lagasnerie.
LA TRIBUNE – Le Premier ministre,
Manuel Valls, a récemment présenté un
projet de loi sur le renseignement qui
va étendre les pouvoirs de surveillance
des autorités sur la population. Il l’a
justifié par la nécessité de lutter contre
le terrorisme. Or, les « lanceurs
d’alerte », qui font l’objet de votre
dernier livre, ont montré que le risque
de dérive est avéré. Que pensez-vous
de ce projet ?
GEOFFROY DE LAGASNERIE – C’est un
dispositif éthiquement indéfendable et stratégiquement inefficace. Quatorze ans après
les attentats du 11 septembre aux États-Unis
et la mise en place du Patriot Act, Manuel
Valls aurait pu saisir une occasion historique : ne pas répéter les erreurs faites par
les États-Unis. Il était possible, ce qui est
rare dans l’Histoire, de sauter une étape,
d’aller directement vers l’adoption de
mesures plus rationnelles de lutte contre le
terrorisme. Car nous savons, grâce aux révélations des lanceurs d’alerte, en particulier
celles de WikiLeaks de Julian Assange ou
d’Edward Snowden sur l’espionnage généralisé par la NSA, qu’augmenter le pouvoir
de l’administratif, de la police et des services
secrets au détriment du judiciaire, est une
erreur. C’est inefficace : vous noyez les services sous des masses de données qui les
rendent moins capables pour mener leurs
missions, en particulier la surveillance ciblée.
C’est dangereux : vous démantelez les protections constitutionnelles et vous affaiblissez les garanties juridiques des citoyens.
Finalement, vous répondez au terrorisme
par moins de démocratie, par plus de violence et d’arbitraire.
Que pensez-vous des réactions
des associations de défense des droits
de l’homme ?
Les réactions sont nombreuses, vives, et il
faut s’en réjouir en espérant qu’elles portent
leurs fruits. Personnellement, je doute un
peu de l’axe choisi. Je ne suis pas convaincu
par l’insistance sur la défense de la vie pri-
Ci-dessous,
un supporteur
de Julian
Assange
manifestant
en juillet 2013
devant
l’ambassade
de l’Équateur
à Londres,
où le « lanceur
d’alerte » suédois
a trouvé refuge
pour éviter
l’extradition.
Sur la pancarte
du manifestant :
« Ne tirez pas
sur le messager ».
© REUTERS/CHRIS
HELGREN
vée. L’argument principal est la crainte d’une
surveillance généralisée qui préparerait une
société « orwellienne » : « Tous surveillés »,
« tous pistés », etc. Pour moi, le véritable
enjeu me semble porter sur le démantèlement des conquêtes du libéralisme politique,
qui imposent à l’État certaines contraintes
et limitations à l’exercice de son pouvoir.
Aujourd’hui, l’État fait proliférer les mesures
qui échappent au contrôle du juge. Ce qui
débouche sur une précarité juridique croissante pour les individus. L’État développe sa
case noire, les zones grises où règne l’arbitraire… ce qui est une régression et accroît
notre vulnérabilité.
Pour en venir au sujet de votre livre, en
quoi les lanceurs d’alerte représententils une nouvelle forme de contestation
des pouvoirs de l’État ?
Généralement, on leur assigne un rôle de
diffuseurs d’informations. Julian Assange
dirige l’organisation WikiLeaks qui récupère
des documents secrets et les publie ; Edward
Snowden a révélé l’espionnage généralisé
qu’opèrent les États-Unis ; et Chelsea Manning a dénoncé, notamment, des bavures
meurtrières de l’armée américaine. Mais si
l’on s’en tient à cette activité de publication,
on ne comprend pas l’ampleur de la répression qu’ils subissent. Edward Snowden est
passible de la peine de mort, sinon de la prison à vie ; l’association Wikileaks est classée
dans la même catégorie que le réseau terroriste Al-Qaïda en tant qu’ennemie des ÉtatsUnis ; et Chelsea Manning a été condamnée
à trente-cinq ans de prison. Pour moi, il y a
là un mystère à éclaircir : ces individus
agissent dans des pays démocratiques – les
États-Unis, le Royaume-Uni, etc. Leurs
actions sont démocratiques : ils révèlent des
dysfonctionnements des États, voire des
crimes. Et pourtant, ils subissent une répression féroce. C’est ce paradoxe que je m’attache à comprendre. Selon moi, cela s’explique par le fait que les lanceurs d’alerte
mettent en crise la scène politique telle que
nous la connaissons, et l’emprise que les
États exercent sur chacun de nous.
Il n’y a rien de plus codifié que l’espace
démocratique et celui de la dissidence. Pour
qu’une opinion se transforme en opinion
politique, elle doit s’inscrire dans des cadres
imposés, ce que les sociologues appellent
des répertoires de l’action collective : l’individu doit s’exprimer publiquement, en assumant la responsabilité de ses actes et en
reconnaissant son appartenance à la communauté juridique et politique instituée par
l’État.
Depuis les Lumières, nous pensons la politique avec un certain nombre de notions :
communauté, espace public, nous, citoyenneté, collectif, etc. Or avec Snowden,
Assange et Manning, nous avons affaire à des
nouveaux acteurs : ils agissent individuellement et solitairement, ils se cachent (à travers le recours à l’anonymat), ils refusent la
citoyenneté (ils fuient, demandent l’asile).
Nos catégories traditionnelles vacillent
devant ces figures. C’est de ces nouvelles
vies que j’ai voulu rendre compte.
Précisément, vous êtes amené
à faire l’éloge de catégories que le sens
commun tend à stigmatiser :
la dénonciation, l’anonymat, la fuite,
la trahison, le vol. C’est paradoxal ?
Dans le cas des lanceurs d’alerte, deux nouvelles catégories d’actions émergent : celle qui
consiste à agir anonymement, comme l’encourage WikiLeaks et comme l’a fait Chelsea
Manning ; l’autre qui recourt à la fuite, en refusant d’endosser la responsabilité de ses actes.
Ainsi Snowden part à Hong Kong, pour faire
ses révélations, Assange se réfugie à l’ambassade de l’Équateur à Londres. On a l’habitude
de critiquer ces pratiques, en assimilant l’anonymat à la lâcheté, la fuite au refus d’assumer
les conséquences de ses actes, etc. Pour ma
part, je préfère renverser la perspective. J’utilise l’anonymat pour questionner la catégorie
d’espace public. Après tout, pourquoi notre
action politique devrait-elle impliquer notre
apparition, notre engagement ? Que cache
cette injonction à la publicité ? De même, la
catégorie de fuite me permet de questionner
nos appartenances : pourquoi devrions-nous
considérer comme évidente notre appartenance à un pays, pourquoi devrions-nous
reconnaître l’État comme ayant le droit de
nous juger ?
Vous vous livrez à une double critique
de l’État-nation. D’une part,
vous dénoncez un État qui régulièrement
enfreint la loi pour contrôler ou réprimer,
alors qu’il est le garant de la légalité
et de la protection des individus.
D’autre part, et plus philosophiquement,
vous allez jusqu’à contester la nature
même de l’État-nation ?
Il y a deux temps dans ma réflexion. Le premier consiste à s’en prendre à la façon dont
les États, petit à petit, démantèlent les protections des constitutions libérales. Depuis les
11-Septembre, l’invocation d’une « guerre
contre le terrorisme » est utilisée pour faire
proliférer les mesures d’exceptions, les zones
de non-droit, etc. La critique contemporaine,
par exemple chez Noam Chomsky, se donne
pour but de rappeler les États à l’ordre de la
Loi. La première partie de mon livre est consacrée à cette question. Mais je propose d’aller
plus loin. La réflexion politique est aujourd’hui
bloquée : elle se limite à vouloir ramener l’État
au respect des principes des constitutions
libérales, pris comme références. Mais ceux-ci
ne sont donc plus critiqués. Mon livre entend
débloquer notre imaginaire politique en mettant en question les dimensions non démocratiques à l’œuvre dans ce qu’on considère
traditionnellement comme les valeurs de la
démocratie. Si l’on regarde les démarches de
Snowden, Assange et Manning, on voit qu’ils
interrogent la manière dont nous sommes
constitués comme sujet politique, les dispositifs de la citoyenneté, de l’État, de l’espace
public, etc. Des vies comme celles de Snowden et Assange, et dans un certain sens Manning, échappent à la catégorie de citoyenneté.
Ils inventent un nouveau statut, ni citoyen ni
désobéissant civil, nous obligeant à repenser
la subjectivité de l’individu telle que nous la
concevons habituellement, notamment l’évidence de son appartenance à l’État. ■
I 17
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
Drivy met la main sur Buzzcar
et renforce son capital
La start-up d’autopartage a racheté son concurrent Buzzcar et levé
8 millions d’euros, notamment auprès du fonds Ecotechnologies de BPI France.
PAR
MOUNIA VAN
DE CASTEELE
@MoonVdc
L
es affaires roulent pour Drivy qui
se targue d’être le chef de file mondial de la location de voiture entre
particuliers. La jeune start-up a
annoncé une double opération, jeudi 2 avril.
D’une part, l’entreprise a mis la main sur
son concurrent, l’autre jeune pousse
Buzzcar, par un apport de titres du groupe
Mobivia, précise à La Tribune Paulin
Dementhon, le fondateur et président de
Drivy : avec cette acquisition, « nous sommes
plus gros que les trente start-up du secteur qui
existent dans le monde ».
D’autre part, l’entreprise a réalisé un nouveau
tour de table qui lui a permis de lever 8 millions d’euros auprès de Via ID (groupe Mobivia), du fonds Ecotechnologies de BPI France
et des investisseurs historiques Index Ventures et Alven Capital. Elle avait précédemment augmenté son capital de 2 millions en
2012 et de 6 millions en 2014.
Drivy espère ainsi accélérer son développement. Non seulement en poursuivant son
expansion européenne – entamée en 2014
par l’ouverture d’une filiale allemande – en
s’exportant en Espagne et en Europe de
Vous pourrez
relire cette
publicité dans
3 ans, notre prix
sera identique.
l’Ouest (soit au Royaume-Uni, soit en Italie),
mais surtout en misant sur la R&D et l’innovation, insiste Paulin Dementhon : « Nous
voulons rendre la location toujours plus flexible
et instantanée. »
Ce développement passe notamment par la
densification de leur réseau. « Sur toutes les
places de marché, il existe un cercle vertueux :
plus il y a de monde sur une plateforme, plus elle
devient utile », explique ainsi celui qui ambitionne de devenir le Uber de la location de
voitures entre particuliers. L’objectif étant
que « tout le monde ait une voiture à distance de
marche, c’est-à-dire à moins de 500 m ». Pour
cela, la start-up veut un maillage beaucoup
plus important, évoquant les 2 000 voitures
de Paris intra-muros, que le dirigeant compare aux 300 stations de métro ou encore aux
Autolib’. Si le jeune président estime que le
marché de la location de voiture entre particuliers peut être multiplié par dix dans les dix
prochaines années, il ne manque pas de souligner la complémentarité des différents services qui forment l’écosystème de la voiture
partagée, de Drivy à Uber en passant par les
loueurs traditionnels et Autolib’...
En ce qui concerne l’innovation technologique, le fondateur de Drivy veut se donner
les moyens de « créer des services dans tous les
domaines ». Cela passe aussi bien par un service de conciergerie, que par l’entière numérisation du service. À savoir, permettre au
client de dématérialiser les formulaires de
location de véhicule, afin que tout puisse être
fait sur application mobile. Il évoque également le souhait de pouvoir garantir au client
de trouver le propriétaire qui lui convient,
tout en l’accompagnant.
Autre idée soulevée par le dirigeant : celle de
pouvoir louer une voiture quatre heures en
la réservant seulement une demi-heure avant,
contre les habituels trois jours de location
prévue vingt-quatre heures à l’avance. ■
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RESTAURATION
Attablez-vous, la start-up qui
apporte le restaurant à domicile
La jeune pousse créée par trois étudiants livre à domicile des plats
de restaurants traditionnels, en scooter électrique et géolocalisable par le client.
O
uvrir un restaurant sans les
murs. La formule peut sembler
alléchante. Elle a en tout cas
séduit trois étudiants de l’université Paris-Dauphine qui ont décidé de
sauter le pas après avoir fait mûrir leur projet. Les jeunes entrepreneurs ont en effet
lancé leur start-up baptisée Attablez-vous,
en juin 2014. Le concept est simple : livrer
des plats de restaurant commandés via
Internet ou l’application mobile, en un
temps relativement court. Le succès auprès
des particuliers est tel qu’ils y ont même
recours sur leur lieu de travail. De quoi
donner des idées aux plus innovants,
comme Uber qui a récemment évoqué un
nouveau service de livraison de repas à
domicile justement.
Pour se différencier, les jeunes entrepreneurs d’Attablez-vous ont choisi de privilégier l’excellence des produits et la fraîcheur du « fait maison », quand d’autres
misent sur des produits locaux, de saison
ou issus de l’agriculture biologique.
Ainsi, pour se différencier, notamment, du
chef de file du marché Allo Resto, Attablezvous ne propose qu’une sélection de plats
exclusivement élaborés dans certains restaurants traditionnels scrupuleusement
choisis en fonction de la qualité de leur
service. « Nous voulons proposer de meilleurs
produits que ce qui existe déjà », précise ainsi
l’un des cofondateurs de l’entreprise. Celleci a vocation à devenir un « prolongement du
restaurant » sans table, et pas de la simple
restauration rapide livrée à domicile.
Pour l’instant, la jeune pousse ne traite
qu’avec une trentaine d’établissements,
essentiellement situés sur la rive gauche
de la capitale, dans les VIe, VIIe, XIVe, XVe,
mais aussi VIIIe arrondissements. L’objectif est de livrer les clients en un temps
minimum, en comptant entre vingt et
trente minutes de préparation de la commande, comme au restaurant, et quinze
minutes pour le trajet. Pour se rémunérer,
l’entreprise prend une commission de 15 %
à 23 % au restaurant, auquel elle fournit des
boîtes, toutes identiques, pour l’empaquetage des plats et des boissons, tout en
garantissant la qualité et la température
des produits. Elle prend en outre 6,85 euros
au titre des frais de livraison. ■ M. VDC.
18 I
MÉTROPOLES
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
SMART CITY
Quelles sont les bonnes
pratiques de la ville
vivante ? Après
Medellin, Barcelone,
Bristol et Montréal,
villes invitées au Forum
La Tribune des
Métropoles connectées
de Bordeaux, nous
nous intéressons
à Yokohama, deuxième
ville du Japon.
PAR CARLOS MORENO
Professeur, entrepreneur,
conseiller scientifique
expert de la ville intelligente
@CarlosMorenoFr
C
haque année lors du World
Cities Summit à Singapour,
est attribué le Prix World
City Prize Lee Kuan Yew,
en l’honneur du fondateur
de la cité-État de Singapour, qui vient de décéder. En 2014, Medellin et Yokohama ont partagé cette reconnaissance. Cette semaine, nous partons à
Yokohama, ville portuaire japonaise située
à 30 km au sud de Tokyo, qui a réussi en
quelques décennies une métamorphose
exemplaire.
Avec ses 3,7 millions d’habitants, la ville de
Yokohama est la deuxième ville du Japon,
après l’agglomération de Tokyo. Implantée
à proximité de la capitale dans la baie de
Tokyo, la ville portuaire a longtemps souffert de cette situation périphérique et lutté
pour se construire une identité propre. Dans
les années 1960, la zone portuaire était sacrifiée aux activités industrielles, tandis que le
nord de la ville ressemblait à un gigantesque
« hub » de transport pour les habitants qui
se rendaient à Tokyo chaque jour, pour le
travail, mais aussi pour la culture, les commerces et les loisirs. La ville souffrait également de problèmes écologiques qui nuisaient à son attractivité : des embouteillages
récurrents, une augmentation croissante des
déchets, un cadre de vie peu sain.
LE PROJET MINATO MIRAI 21
RÉINVENTE LE FRONT DE MER
À la fin des années 1960, un certain nombre
de projets furent lancés par les autorités
municipales pour changer la donne. Ils
n’aboutirent malheureusement pas aux résultats escomptés, notamment par manque
d’engagement dans la durée et de coordination entre les parties prenantes.
Au début des années 1980, l’équipe municipale changea de stratégie, réalisant que seul
un engagement maximal de tous les acteurs
pouvait faire bouger les lignes. Une prise de
conscience qui a porté ses fruits de façon
spectaculaire, puisqu’en 2011, Yokohama a
remporté le World Smart City Award à Barcelone, le Global Green City Award à Berlin
en 2013 et la mention spéciale du jury du
Prix Lee Kuan Yew, en 2014, à Singapour. Clé
de la mutation opérée par la ville, le projet
Minato Mirai 21, « Futur Port du
Yokohama, un modèle
de métamorphose
xxie siècle », était ainsi lancé en 1981, dans
l’objectif de redynamiser le centre-ville et
de transformer la zone portuaire.
Sa particularité : toutes les parties prenantes
(acteurs publics locaux et nationaux, habitants, associations, industriels, propriétaires
fonciers, etc.) furent impliquées dès l’amont
du projet. L’enjeu était de faire de Yokohama
une ville aussi attractive que Tokyo pour ses
emplois, la qualité de son cadre de vie, la
diversité de ses activités. Pour cela, il fallait
d’abord transformer la zone portuaire industrielle et en faire un front de mer agréable,
ponctué d’immeubles de bureaux modernes,
de parcs et d’espaces de loisirs. Outre l’important investissement que représente la
construction de nouvelles infrastructures
sur le front de mer, ceci supposait de gérer
un remaniement foncier complexe, la plupart des terres de la zone appartenant à des
propriétaires privés. Grâce au soutien
apporté par les citoyens et les diverses parties prenantes, la ville réussit néanmoins à
négocier avec les propriétaires le rachat ou
la location des terres.
Le visage du front de mer put dès lors être
remodelé, grâce notamment à un parti pris
esthétique fort en matière d’architecture.
Un nouveau système de transport urbain
efficace fut également construit dans le
cadre de ce programme. En parallèle, Yokohama s’impliqua fortement dans le mouvement de décentralisation qui fut alors lancé
au Japon, visant à corriger la proéminence
de la capitale tokyoïte. De nombreuses
entreprises et agences publiques vinrent
alors installer leur siège ou leurs bureaux
dans les nouveaux quartiers. En l’espace de
trente ans, Yokohama réussit ainsi, par la
force de sa politique publique, à conquérir
une identité et un dynamisme propres. En
complément de ce projet structurant, Yokohama s’est engagée très tôt dans une poli-
tique écologique ambitieuse. Dès 2003, la
ville mettait en place le plan G30, dont
l’objectif était de réduire de 30 % à l’horizon
2010 la production de déchets à l’échelle de
l’agglomération.
La municipalité organisa plus de
11 000 séances d’information et plus de 3 900
campagnes de sensibilisation sur ce sujet.
L’objectif fut atteint dès 2005, soit cinq ans
avant la date fixée par le programme, ce qui
a permis à la ville de fermer deux usines
d’incinération de déchets.
ÉNERGIES VERTES ET LUTTE
CONTRE LE RÉCHAUFFEMENT
En matière de lutte contre le changement
climatique également, Yokohama fait figure
de pionnière. En 2008, parmi 82 candidates,
elle fut l’une des 13 villes élues « Eco Model
City » par le gouvernement pour leurs
actions en faveur de la réduction des émissions de gaz à effet de serre. La même année,
la municipalité lançait le plan CO-DO30,
destiné à diminuer de 30 % les émissions de
GES, à l’horizon 2025. Là encore, la ville
compte avant tout sur l’éducation des
citoyens et des entreprises pour changer les
habitudes et faire évoluer les pratiques.
Yokohama a aussi investi très tôt dans les
énergies vertes. Dès 2007, la ville ouvrait une
centrale éolienne urbaine destinée à produire environ 3 MWh d’électricité par an, ce
qui couvre les besoins d’environ
850 ménages. Le projet Hama-Wing fut également l’occasion de stimuler l’engagement
citoyen. Au lieu d’avoir recours à l’argent
public, la municipalité eut l’idée de vendre
aux habitants de Yokohama des actions pour
financer le projet. La totalité des actions
furent vendues en trois jours. Trois cent
cinquante habitants devinrent ainsi proprié-
taires de la centrale. Portée par son élan, la
ville portuaire poursuit activement sa transformation. En décembre 2011, le gouvernement japonais l’a élue « FutureCity » pour
sa capacité à promouvoir l’innovation
sociale.
PIONNIÈRE AUSSI
DANS L’INNOVATION SOCIALE
L’un des grands enjeux sociétaux auxquels
doit en effet faire face le Japon est le vieillissement de sa population. Quelles solutions mettre en œuvre pour que les populations vieillissantes continuent de bien
vivre au sein des villes ? C’est l’un des axes
de réflexion et d’expérimentation actuels
pour la municipalité. Dans le quartier
d’Aoba (Aoba Ward) par exemple, la ville a
mis en place des ateliers associant les habitants, l’opérateur local de transport, les
institutions concernées et des universitaires afin d’élaborer en commun des solutions en matière de services médicaux, de
communication intergénérationnelle, d’habitat, etc.
Après avoir été pionnière en matière de planification urbaine et de politique écologique,
Yokohama l’est désormais dans le domaine
de l’innovation sociale. La ville accueille
d’ailleurs depuis 2011 la conférence Social
Innovation/Smart City Week, événement
majeur pour la communauté internationale
de la ville vivante de demain. L’enjeu :
construire la réflexion et les plans d’action
en partant des problématiques sociales et
sociétales, au lieu de partir des connaissances techniques et des pratiques institutionnelles. La prochaine édition aura lieu en
juillet 2015.
Voilà une ville pionnière dont l’action exemplaire est à saluer. n
Trente ans et plus
d’une politique
municipale
volontariste
ont permis
de transformer
une ville
inhospitalière
en une cité
de référence
mondiale
des villes
intelligentes.
© FOTOLIA
I 19
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
Innov&Connect,
le 1er programme bancaire pour connecter
les startups et les ETI* en France
COMMUNIQUÉ
BNP Paribas, une banque qui s’adapte
pour répondre aux besoins des startups
Comment connecter ETI et startups ?
ETI
STARTUPS
Programme
by BNP Paribas
Business Unit, marketing stratégique
Équipes R&D
Prestations de services,
R&D, Minimum Viable Product (MVP)
Besoins identifiés
Nouveaux développements,
Dans le cadre du plan « BNP Paribas Entrepreneurs 2016 », la banque aproduits,
lancé
Innov&Connect », le premier
prototypes,«
services…
Besoins non identifiés
programme bancaire entièrement dédié à l’innovation.
Il permet de connecter les startups et les Entreprises de Taille
TT
ETI : accélérer leur parcours d’innovation
Intermédiaire (ETI) en France. Objectif : favoriser leur croissance.
Startups : accélérer leur développement
produits, procédés, organisation, marketing
BÉNÉFICE
BNP Paribas : accélérer la croissance de ses clients ETI et startups
Programme
Innov&Connect,
le 1er programme bancaire pour connecter
les startups et les ETI* en France
Comment connecter ETI et startups ?
ETI
STARTUPS
Programme
Business Unit, marketing stratégique
Équipes R&D
by BNP Paribas
Besoins identifiés
produits, procédés, organisation, marketing
Besoins non identifiés
www.innovandconnect.bnpparibas
Identification d’un besoin ETI
par le réseau entreprises de BNP Paribas
PHASE D’ACCÉLÉRATION AVEC
RDV avec
SOURCING STARTUPS
LE LAB
15 PÔLES INNOVATION
1
Lancement d’un appel à projets
2
Pitch et sélection des startups avec l’ETI
3
Démarrage d’une période d’accélération
de 6 mois au WAI Paris
CONNEXION
ETI – STARTUPS
Prestations de services,
R&D, Minimum Viable Product (MVP)
Nouveaux développements,
produits, prototypes, services…
: comment ça marche?
UN PROGRAMME D’HÉBERGEMENT + D’ACCOMPAGNEMENT
300 postes disponibles
Intégré dans l’écosystème innovation
En lien avec les partenaires de BNP Paribas
Dans des lieux stimulants
We Are
Innovation
BÉNÉFICE
C
ETI : accélérer leur parcours d’innovation
Startups : accélérer leur développement
BNP Paribas : accélérer la croissance de ses clients ETI et startups
’
Programme
: comment ça marche?
*ETI / Entreprise de Taille Intermédiaire
www.innovandconnect.bnpparibas
est un vrai engagement
de travailler ensemble sur des projets R&D dans le
BNP
Paribas
en faveur des cadre de la partie accélération du programme
Identification
d’un besoin
ETI
par le réseau startups.
entreprises de BNP
Paribas
La
banque n’investit Innov&Connect. « Notre mission est d’aider les
PHASE D’àACCÉLÉRATION
AVEC
pas moins de 10 millions d’eu- ETI
externaliser
une partie de leur R&D
RDV avec
ros sur trois ans dans ce pro- auprès de startups », précise Yoann Jaffré, direcgramme d’accélération, d’ac- teur du Lab de l’Atelier. C’est un échange
Lancement d’un appel à projets Dans cette démarche d’open
c o m p a g n e m e n t e t d ’ h é b e r g e m e n 1t gagnant-gagnant.
SOURCING STARTUPS
« Innov&Connect ». BNP Paribas va mettre en innovation, les ETI bénéficient de l’agilité des
relation startups et ETI pour qu’elles co-2 Pitchstartups,
tandis
quel’ETIces dernières se voient offrir
et sélection des
startups avec
construisent des projets ou qu’elles développent de belles opportunités de développer leur chiffre
Démarrage
d’une période
d’accélération plus rapidement aux mardes 15partenariats
d’affaires
et d’accéder
LE LAB« Aujourd’hui, 33
PÔLES INNOVATION commerciaux.
de 6 mois au WAI Paris
ETI sur 4 sont clientes de BNP Paribas et nous chés. Parmi les innovations du moment, « beauavons plus de 1 000 startups clientes de nos Pôles coup concernent les objets connectés, la smart
Innovation », met en avant Myriam Beque, Res- city, la data », observe Yoann Jaffré.
CONNEXION
ponsable du développement deETIl’innovation.
– STARTUPS
Depuis 2013, 15 Pôles Innovation ont déjà été
créés et sont adossés aux UNcentres
d’affaires
entre- UN ACCOMPAGNEMENT
PROGRAMME D’HÉBERGEMENT
+ D’ACCOMPAGNEMENT
postes disponibles
prises de la banque pour mieux300 répondre
aux À MULTIPLES FACETTES
Intégré dans l’écosystème innovation
besoins particuliersWedes
startups.
Are
Innovation
En lien avec les
partenaires
de BNP Paribas
Onze
couples
ETI/startups sont en train de se
Dans des lieux stimulants
former pour démarrer à partir de fin avril une
UN ÉCHANGE GAGNANT-GAGNANT
phase d’accélération qui les amènera en 6 mois à
ENTRE ETI ET STARTUPS
développer un projet commun. Cette prestation
*ETI / Entreprise de Taille Intermédiaire
d’accélération
est gratuite tant pour les ETI que
C’est L’Atelier, la cellule de veille et de conseil en pour les startups sélectionnées.
innovation de la banque depuis 37 ans, qui Pour les startups en phase de lancement commeraccompagne la Banque de Détail en France pour cial, la banque met à leur disposition pour 24 mois
détecter les ETI et les startups susceptibles de maximum des locaux au WAI de Massy sur le
plateau de Saclay (Essonne) au prix de 250 euros
par mois et par poste, ou au WAI au centre de
Paris (pour 350 euros par mois et par poste).
Avec, à chaque fois, une palette de services et
d’expertises, afin d’aider les startups à grandir le
plus vite possible et à démarrer sur de bonnes
bases. Et aussi pour faciliter les rencontres avec
des ETI et de grandes entreprises. Au total, 150
startups vont être accompagnées sur 3 ans grâce
au programme « Innov&Connect ». « Notre intérêt est de contribuer à développer l’économie
française en aidant de jeunes sociétés à se développer et des entreprises plus matures à innover
différemment », met en exergue Myriam Beque.
« Grâce aux projets de co-innovation, nous voulons accélérer la connexion des startups à leur
marché », insiste Yoann Jaffré.
Ces dernières années, BNP Paribas s’est forgé
une légitimité dans l’accompagnement de startups. La banque investit en France dans des
fonds d’amorçage qui les aident à émerger et
participent à l’éclosion du crowdfunding en mettant en place des partenariats, tels qu’Ulule, n°1
du financement participatif en Europe, ou
encore Wiseed, place de marché européenne qui
permet de financer les jeunes entreprises innovantes en mobilisant l’épargne d’investisseurs
particuliers via Internet. ▲ QUENTIN NICOLAS
AU LUXEMBOURG, BNP PARIBAS A MIS EN PLACE
UN INCUBATEUR DE STARTUPS : LE LUX FUTURE LAB
L
eader au Luxembourg sur le
marché des petites et
moyennes entreprises, la
banque a décidé de lancer en 2012
le Lux Future Lab, un incubateur
qui accompagne aujourd’hui
quelques 18 startups créant plus de
160 emplois. Le portefeuille des
startups constitué de plus de 10
nationalités est très diversifié, allant
du secteur des technologies de
l’information aux réseaux sociaux,
aux jeux numériques et plus
récemment au secteur des
FINTECH, c’est à dire des
technologies financières.
A côté de l’incubateur une
plateforme de formation offre 3
programmes aux publics cibles
du Lux Future Lab: pour les jeunes,
une Summer School sur
l’entrepreneuriat, pour les
startuppers, un accès à un vaste
échantillon de formations e-learning
et présentielles et depuis 2014,
pour les professionnels, une
formation à l’entrepreneuriat. Dans
le cadre de ce programme
d’intrapreneuriat, le Lux Future Lab
accompagne pendant un an des
salariés de grands groupes dans la
réalisation de leur projet de création
d’entreprise. « Notre objectif au
Luxembourg est d’impacter la
dynamique sociale et économique
à travers la formation et
l’entrepreneuriat en soutenant les
personnes au croisement de leur
développement professionnel »,
souligne Karin Schintgen, Directeur
du Lux Future Lab et Directeur
RSE. ▲
Lux Future Lab, l’incubateur de startups
de BNP Paribas au Luxembourg
© BNP PARIBAS
EN BELGIQUE,
BNP PARIBAS FORTIS JOUE
LA CARTE DE LA PROXIMITÉ
«N
ous avons étendu le concept
des Pôles Innovation
en Belgique en 2014 : nous
en avons à présent 8 pour couvrir les
principaux écosystèmes de
l’entrepreneuriat innovant du pays »,
précise Aymeric Olibet, Responsable
du développement du concept chez
BNP Paribas Fortis. La banque mise par
ailleurs sur des partenariats solides et
exclusifs pour renforcer sa proximité avec
les startups, et étendre son offre. « Nous
avons signé fin 2014 un partenariat avec
MyMicroInvest, une plateforme de
financement participatif dont le modèle est
unique, et sait parfaitement répondre aux
attentes de nos clients qui ont besoin de
renforcer leurs fonds propres pour
croître ». Autre partenariat, celui noué
avec Co.Station, un accélérateur situé
au centre de Bruxelles, à deux pas de la
gare centrale et du quartier général de
BNP Paribas Fortis. Pas moins de 3 000
mètres carrés pour héberger des startups,
leur offrir un programme d’accélération et
une académie. « L’objectif est d’offrir un
lieu où les startups à fort potentiel peuvent
trouver tout ce dont elles ont besoin pour
accélérer leur croissance : du coaching, de
l’expertise, des conditions préférentielles
sur des offres de service, et un point de
rencontre pour tous les acteurs clés de
l’entrepreneuriat innovant, tant belges
qu’européens ». ▲
DES MAISONS DES STARTUPS
CHEZ TEB, LA BANQUE
TURQUE DE BNP PARIBAS
E
n Turquie, TEB a choisi de mettre
en place un incubateur
d’entreprises et des Maisons des
startups (TEB startup Houses) qui
offrent un accompagnement large :
conseil, mentorat, réseautage,
construction de sites Web, dépôt de
brevets, présentation aux investisseurs,
etc. Le Centre d’incubation de TEB,
situé dans la Maison des startups
d’Istanbul, met ainsi 50 postes de travail
à disposition des startups exerçant dans
l’e-commerce et les nouvelles
technologies. De plus, des postes de
conseillers dédiés aux nouvelles
technologies ont été créés chez TEB à
İstanbul, Ankara et İzmir, et des
collaborations ont été mises en place
avec l’université technologique Arı
Tekokent et eOfis à İstanbul, ou encore
avec divers technopôles dans tout le
pays, afin de rencontrer les jeunes
pousses et de leur proposer les services
de TEB startup house. « L’objectif de
ces initiatives ? Aider les startups à
transformer une idée en un produit, à
établir un business plan et à gagner
leurs premiers clients », conclut Turgut
Boz, Manager général à TEB. ▲
20 I
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
LE TOUR DU MONDE DE
De la tour high-tech géante d’Amazonie
aux kits solaires de Tanzanie
Chaque semaine, La Tribune vous propose de partir à la découverte
des petites et grandes innovations qui annoncent l’avenir.
1
4
HAMBOURG – Allemagne
Une peinture spéciale
« anti-pipi » sur les murs
TEHACHAPI – États-Unis
Insolite. Habiter dans un quartier très
touristique, comme Sankt Pauli à Hambourg
et ses 20 millions de visiteurs annuels,
peut devenir désagréable pour les riverains.
Excédés par l’urine des fêtards sur leurs murs,
les habitants ont riposté en enduisant des pans
entiers de murs d’une peinture hydrophobe.
Ainsi, l’urine « rebondit » sur le mur pour finir
directement sur les chaussures
du fêtard. Une solution radicale,
chère (500 euros pour une surface
de 6 m2) mais efficace selon
S. R.
le collectif des riverains.
Des gouttes dans les yeux
pour voir dans la nuit noire
3
© DR
Biochimie. Voir dans la nuit comme en plein jour…
Un fantasme devenu réalité grâce à une équipe
de biochimistes américains. Les chercheurs affirment
avoir mis au point une solution oculaire à base
de Chlorin e6 (Ce6), une sorte de chlorophylle que
l’on trouve chez certains poissons d’eau profonde.
Après l’avoir testée sur un membre de leur équipe,
ils ont injecté 50 microlitres de Ce6 dans les rétines
de plusieurs volontaires. Avec pour effet de noircir
les yeux, mais de permettre au bout de deux heures
de voir très nettement en pleine forêt jusqu’à
50 mètres de distance. Selon le rapport du groupe,
le liquide n’a fait effet que quelques
heures, mais il pourrait, après quelques
améliorations, se révéler un outil
précieux pour les secours et
les militaires en opération de nuit. S. R.
MANAUS – Brésil
Une tour géante
au cœur de l’Amazonie
3
Climat. Défigurer la forêt pour mesurer
l’effet du réchauffement climatique sur
la biodiversité : tel est le paradoxe du projet
Atto (Amazonian tall tower observatory).
Conduit par une équipe de chercheurs
brésiliens et allemands, ce projet
de 8,4 millions d’euros vise à construire
une tour high-tech géante de 325 m de haut.
Elle sera chargée d’analyser la quantité
de gaz à effet de serre, les flux de chaleur,
les déplacements des masses d’air humides
et la quantité d’aérosols présents dans
notre atmosphère. L’objectif : mieux cerner
le rôle de la forêt amazonienne
et comment se comporte
ce « poumon » de la Terre dans
un contexte de réchauffement
S. R.
climatique.
LONDRES – Royaume-Uni
Le bois, un matériau
du futur ?
Architecture. Situé au 24 Murray Grove,
à Londres, le Stadthaus est unique en son genre.
Cet immeuble de huit étages est construit en
bois, du sol au plafond, en passant par les cages
d’ascenseur et d’escalier. Inauguré en 2009, il est
alors l’édifice en bois le plus haut du monde.
Il sera vite dépassé par le Forté à Melbourne
en 2012 et le Barents à Kirkenes en 2014.
Selon l’architecte Michael Green, le lamellé-collé
permettrait de construire des immeubles de 10 à
30 étages. Cela consiste à assembler des lamelles
de bois avec de la colle et permet d’obtenir
de très grandes pièces aussi solides que le béton
renforcé. La fabrication du bois consomme
moins d’énergie et génère moins de déchets.
Renouvelable et local, ce matériau est capable
de piéger le carbone, même après
que l’arbre a été abattu. Longtemps
considéré comme un matériau du
passé, le bois pourrait bien façonner
nos métropoles de demain.
© ZOTTOPROJECT
> http://bit.ly/1HqRLB9
© 2013 YELLOWTRACE
PLUS D'ACTUALITÉS
ET D'INFOGRAPHIES
SUR LATRIBUNE.fr
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1
5
PRAGUE – Rép. tchèque
Optimiser la gestion de l’eau
pour mieux la sauvegarder
2
© UNIVERSITY OF CAMBRIDGE AND FABIENNE FELDER 2013
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5
Smart city. L’une des plus anciennes capitales
d’Europe s’est transformée en smart city.
À Prague, la gestion de l’eau potable
est accomplie de manière intelligente.
Grâce à l’infrastructure SWiM, les moindres
détails de la distribution de 114,5 millions
de mètres cubes d’eau sont accessibles depuis
une salle de contrôle digne d’un film
de science-fiction.
Les interventions sont pratiquées en un temps
record, les gaspillages réduits au minimum,
la qualité de l’eau est maintenue optimale.
Bonus : la population peut
s’informer en temps réel.
En optimisant ainsi la gestion
de l’eau, Prague participe
à la sauvegarde d’un bien précieux.
> http://bit.ly/1CBBg40
I 21
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
L’INNOVATION
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8
En partenariat avec
JAIPUR – Inde
Un carnet de santé numérique
sous forme de pendentif
MOSSOUL – Irak
Un musée virtuel pour
sauver les œuvres détruites
Patrimoine. Début mars, l’État islamique avait
diffusé une vidéo révélant la destruction du musée
de Mossoul, notamment de ses œuvres assyriennes et
hellénistiques d’une valeur inestimable. Un choc pour
de nombreux historiens et archéologues du monde
entier. Pour lutter contre ce massacre du patrimoine,
une plateforme, baptisée Project Mossoul, vient de voir
le jour. Il s’agit de reconstituer le musée de manière
virtuelle en créant des copies numériques des œuvres
détruites. Les concepteurs, qui travaillent en lien avec
la direction du musée, ont lancé un appel en ligne pour
récupérer tous les documents (photographies, images
numérisées) utiles à la restauration de ce patrimoine.
Beaucoup d’historiens et d’archéologues se sont portés
volontaires pour identifier et regrouper
les données. Les premiers résultats
ne se sont pas fait attendre : le fameux
lion de Mossoul a déjà été partiellement
S. R.
reconstitué en 3D.
Santé. Chaque année, plus d’1,5 million d’enfants indiens meurent à cause
de maladies qui auraient pu être évitées par la vaccination. D’où la création,
à l’initiative de l’ONG Seva Mandir, d’un carnet de santé numérique, qui prend la
forme d’un pendentif accroché à un collier sur le cou de l’enfant. Une application
dédiée sur smartphone permet au médecin de lire en quelques secondes, via
Bluetooth, les informations sur l’état de santé et les vaccinations de
l’enfant, puis de le mettre à jour. Les données sont sauvegardées dans
le nuage informatique et la mère reçoit par SMS les avis de rappels
de vaccins. Actuellement en développement, cet outil sera
mis en service d’ici à quelques mois auprès de 4 000 enfants.
S. R.
10
DÉTROIT DE BÉRING – Russie
Le projet fou d’une route
qui relie l’Eurasie à l’Amérique
Transports. Rejoindre depuis l’Asie le continent
américain en train ou en voiture, impossible ?
Peut-être pas dans quelques décennies.
Le président des chemins de fers russes Vladimir Yakunin
vient de dévoiler un grand projet ferroviaire et routier
baptisé Trans-Eurasian Belt Development.
L’objectif : relier la Russie à l’Alaska par le rail et la route
via le détroit de Béring, qui sépare les deux continents
de seulement 82 km à son point le plus court.
Selon Vladimir Yakunin, le projet devra
être « international et basé sur des technologies
avant-gardistes » en raison des conditions
S. R.
climatiques spécifiques. À suivre…
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9
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© FOTOLIA
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9
QINGDAO – Chine
Le tramway écolo
qui ne recrache que de l’eau
6
Environnement. Alors que la pollution
est un problème quotidien en Chine,
aux proportions de plus en plus inquiétantes, des
scientifiques ont mis au point le premier tramway
à hydrogène du monde. Ce nouveau type
de locomotive se recharge en trois minutes
et génère assez de puissance pour parcourir près
de 100 km à une vitesse de 70 km/h, tout en
transportant 400 passagers. Encore mieux : il ne
recrache que de l’eau. L’hydrogène est stocké dans
des réservoirs avant d’être transformé
en électricité grâce à des systèmes de
propulsion et de chauffage alimentés
par des piles combustibles. Au final,
ce tramway serait plus rapide et plus
durable que les modèles actuels. S. R.
DODOMA – Tanzanie
Des kits solaires pour
remplacer la bougie
Énergie. Le projet devrait changer la vie
d’une partie des Tanzaniens. Alors que plus
de 80 % de la population s’éclaire toujours au
kérosène et aux bougies, le gouvernement a
décidé d’équiper un million de foyers en « kits
solaires » d’ici à 2017. Créé par l’entreprise
américaine Off Grid Electric, ce dispositif
se compose de petits panneaux solaires et
de batteries. Il permet à l’utilisateur d’éclairer
une petite maison, de charger un téléphone
portable et de regarder
la télévision. L’électricité
est facturée avec un forfait
que le consommateur paie avec
S. R.
son téléphone portable.
SÉLECTION RÉALISÉE
PAR SYLVAIN ROLLAND
@SylvRolland
© OFF GRID ELECTRICS
22 I
MÉTROPOLES
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
NORD-PAS-DE-CALAIS
« Google pour les Pros » entame
son tour de France 2015 à Lille
Le géant du Web organise le 10 avril à Lille, en partenariat avec la CCI Grand Lille, l’Atelier « Google pour
les Pros » où plus de 600 commerçants et TPE sont attendus. Mais près de 900 TPE locales ont d’ores et déjà
bénéficié d’un accompagnement gratuit depuis février, et plus de la moitié d’entre elles ont basculé sur Internet.
PAR
GENEVIÈVE
HERMANN
À LILLE
D
’
après une récente
étude publiée par
Roland Berger en
collaboration avec le
pôle de compétitivité
Cap Digital et le soutien de Google
France, seulement 11 % des entreprises françaises vendent en ligne, alors que 59 % des
Français ont pris l’habitude de faire leurs
achats sur le Web. En France, une grande
partie du marché d’e-commerce se retrouve
ainsi abandonné entre les mains des entreprises étrangères, davantage présentes en
ligne. C’est dommage, d’autant que les
entreprises les plus matures dans leur
transformation numérique enregistrent une
croissance six fois plus élevée que les
autres.
Ce décalage entre la pratique numérique
des consommateurs et celle des entreprises
est propre à la France. Conscient de cette
spécificité bien avant la sortie de l’étude
Roland Berger, Google France y a vu une
opportunité pour aller évangéliser gratuitement les petites entreprises et les
convaincre du bienfait de l’utilisation de ses
propres outils. Lancé officiellement en
mars 2012 à Lille, après un pilote expérimenté en région Paca, ce programme
d’évangélisation baptisé « Google pour les
Pros » a permis à une dizaine de coaches
formés par Google France d’accompagner
en trois ans plus de 50 000 TPE dans
l’Hexagone.
« La moitié d’entre elles ont basculé en ligne.
Rien que sur le Nord-Pas-de-Calais, ce sont
plus de 7 300 professionnels que nous avons
approchés et plus de 5 000 qui ont développé
leur présence sur Internet lors de cette première opération », souligne Constantin
Foniadakis, responsable de communication
à Google France. « C’est une initiative
franco-française. Elle est innovante dans la
mesure où c’est la première fois que des représentants de Google vont au contact des commerçants et leur montrent en temps réel sur
tablette comment apparaître sur Google Maps,
Depuis
son lancement en
mars 2012 à Lille,
le programme
« Google pour
les Pros »
a permis d’initier
à l’Internet
plus de 7 300 TPE
ou commerces
du département.
Parmi eux,
5 000 ont
développé leur
présence en ligne.
© PRODUCTION PERIG /
FOTOLIA
créer un profil Google Plus ou améliorer le
référencement avec Google Adwords », ajoute
Emmanuelle Rosset, chef de projet Google
Pour les Pros.
Plus de 68 % des entreprises visitées dans
le Nord-Pas-de-Calais lors de la première
édition de ce programme d’accompagne-
ment avaient franchi le pas du numérique,
contre 50 % ailleurs en France. L’implication
de la CCI Grand Lille a sans aucun doute
aidé. « Que les coaches se présentent sous la
bannière de la Chambre rassure les commerçants », précise Frédérick Warembourg, chef
de projet TIC à la CCI Grand Lille.
ENTRETIEN PHILIPPE HOURDAIN, PRÉSIDENT DE LA CCI GRAND LILLE
« L’ACTION DE GOOGLE EST COMPLÉMENTAIRE DE LA NÔTRE »
LA TRIBUNE – Pourquoi la CCI Grand Lille
s’implique-t-elle dans l’accompagnement
au numérique des petites entreprises ?
Veiller à maintenir la tradition marchande
du territoire lillois fait partie de nos
priorités. Aujourd’hui, on ne peut plus
envisager de commerce sans e-commerce.
Il y a quatre ans, moins de la moitié
des commerçants et des TPE du territoire
étaient connectés. C’était catastrophique.
Il fallait agir vite. Nous avons à la CCI Grand
Lille deux experts numériques de haut
niveau qui mettent en place avec l’aide
de plusieurs conseillers des actions
collectives pour aider les entreprises
à franchir le pas, en leur proposant
un diagnostic de leurs situations et une offre
de formation adaptée à leurs besoins.
En quoi l’opération « Google pour
les Pros » s’inscrit-elle dans la stratégie
numérique de la CCI Grand Lille ?
Elle nous permet de démultiplier nos forces.
Sans eux, nous n’aurions pas réussi
à déclencher une impulsion de masse. Nous
avons travaillé en partenariat avec Google
France de manière à ce que leurs coaches
puissent rencontrer un maximum
de commerçants et de TPE. Lors
de la première manifestation Google pour
les Pros organisée à Lille en mars 2013 dans
les locaux de la CCI, nous avons fait le plein.
Tout le monde n’a pas pu entrer. Il y a
de fortes chances pour que ce soit la même
chose au Tri Postal, le 10 avril.
Sur quels autres leviers vous appuyezvous pour aider les commerçants et les
TPE de votre territoire à se connecter ?
Nous travaillons avec le pôle
de compétitivité Picom des industries
du commerce, sommes en relation avec
Euratechnologies et faisons partie
de « Lille is French Tech ». Nous avons
l’intention de renforcer notre action
au-delà du Nord – Pas-de-Calais, jusqu’en
Picardie. Ceci en vue de la fusion
prochaine des CCI. ■ PROPOS RECUEILLIS PAR G. H.
La seconde édition a été lancée en février
dernier. En deux mois, une douzaine d’étudiants de l’Edhec formés préalablement par
Google se sont rendus dans une dizaine de
villes du Nord-Pas-de-Calais et ont proposé
leurs services à 878 commerçants et TPE.
Ces coaches ont mis en ligne 521 sites à
l’aide de Google My Business. Et 442 ont
bénéficié gratuitement des compétences
d’un photographe professionnel pour
mettre en avant leur activité et leur savoirfaire sur Internet.
En complément, l’Atelier Google pour les
Pros a été organisé pour le 10 avril au Tri
Postal, près de la gare Lille Flandres.
DES TÉMOIGNAGES PROBANTS
D’ENTREPRISES LILLOISES
Une semaine avant sa tenue, plus de
600 participants s’y étaient déjà inscrits. En
ouverture, Nick Leeder, directeur général
de Google France et Philippe Hourdain,
président de la CCI Grand Lille, rappelleront l’enjeu du numérique pour les PME
françaises, chiffres à l’appui. Suivra le
témoignage d’entreprises lilloises qui ont
su saisir les opportunités offertes par le
numérique. Comme celui de Legend Motors
dont le dirigeant, amateur de motos de
renom, a trouvé à l’aide de l’accompagne-
I 23
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
COACHING
L’EXPÉRIENCE FRANÇAISE
FAIT DES ÉMULES EN EUROPE
Lille n’est qu’une étape de plus, après celle
de Nantes et de Bordeaux. « Mais c’est la
première fois que nous organisons une manifestation de ce genre avec huit ateliers thématiques et quatre espaces de conseils individualisés à raison d’une dizaine de coaches par
espace », détaille Emmanuelle Rosset.
D’ici à la fin 2015, Google envisage de former 200 000 petites entreprises en France
à travers une quarantaine de villes en s’appuyant sur 200 coaches issus de junior
entreprises d’universités et de grandes
écoles. L’objectif est ambitieux. L’initiative
française a séduit en Allemagne, Italie et
Espagne. L’équipe Google de chaque pays a
adapté son programme d’accompagnement
aux spécificités locales. « Les Allemands se
sont focalisés sur l’exportation. Les Espagnols
aident les jeunes au chômage à améliorer leur
employabilité », indique Emmanuelle Rosset.
On en oublierait presque les intentions premières du géant du Web, qui sont bien de
renforcer son emprise sur la toile. n
LES CHIFFRES
DU GOOGLE TOUR
Comment le site Petit
Beguin a accru son trafic
© DR
ment de Google un rayonnement international qui lui a permis de doubler ses ventes
et d’embaucher deux personnes. Dans le
cadre d’ateliers thématiques et de séances
individuelles de mentorat avec des experts,
les participants pourront ensuite découvrir
les nombreux outils proposés par Google
pour augmenter leur notoriété, évaluer la
performance de leur stratégie numérique,
s’adapter aux nouveaux usages du mobile,
développer leur clientèle, gagner en productivité ou tout simplement faire ses premiers pas sur Internet en créant sa fiche
gratuite dans Google Maps.
O
uvert fin 2013 par la société familiale nordiste PMC Lingerie, le
site marchand Petit Beguin a
réussi à générer sur les trois derniers mois le chiffre d’affaires annuel de 2014,
grâce à une utilisation efficace d’Adwords
avec l’aide d’un conseiller de « Google pour
les Pros ». « Notre site est spécialisé dans la
vente de layettes, de vêtements et d’accessoires
pour jeunes enfants. Dès son lancement, nous
avons ouvert un compte Google Adwords pour
attirer à l’aide de mots clés les internautes
susceptibles d’être intéressés par nos produits.
Nous sommes en concurrence avec de gros sites
marchands. Très originaux, nos produits ne
plaisent qu’à une frange réduite de clients. Nos
mots clés n’étaient pas assez ciblés. Notre budget fondait comme neige au soleil. Le conseiller
nous a aidés à mieux les choisir », raconte
Rémi Hasquette, responsable e-commerce
de PMC Lingerie. Ce dernier est depuis en
relation régulière avec le conseiller de Google
pour les Pros. Ce qui a évité à la PME de faire
appel à un prestataire extérieur. « Il m’a aidé
à mettre le pied à l’étrier et à gérer moi-même
l’acquisition de trafic sur notre site », explique
Rémi Hasquette.
Confiant, ce dernier a ensuite décidé d’utiliser le Réseau Display de Google pour placer
des annonces publicitaires sur des sites
d’actualité et des blogs en lien avec les
articles de Petit Beguin. Là encore le conseiller est intervenu et a aidé Rémi Hasquette à
créer des bannières publicitaires adaptées.
Aujourd’hui, 70 % du trafic est généré par les
campagnes publicitaires Google. De quoi
avoir envie de faire appel aux autres outils
proposés par le géant du Net. n
G. H.
AU NIVEAU NATIONAL
Aujourd’hui : 50 000 PME formées,
dont 50 % ont ensuite commencé
ou renforcé leur présence en ligne.
Objectif 2015 : 200 000 PME
formées, via le recrutement
de 200 coaches (étudiants issus
de junior entreprises).
EN NORD-PAS-DE-CALAIS
Plus de 7 300 professionnels
rencontrés.
Plus de 5 000 qui ont développé
leur présence sur Internet à l’issue
d’une séance de coaching.
12 étudiants de l’EDHEC formés
entre février et mars 2015, dans
le cadre de la deuxième édition
de « Google pour les Pros ».
878 professionnels rencontrés.
521 sites mis en ligne par
les formateurs grâce à « Google
My Business ».
445 professionnels photographiés
gratuitement pour mettre en avant
leur activité et leur savoir-faire
sur Internet.
Plus d’infos sur « Google
pour les Pros » à Lille :
bit.ly/1H4UjH7 ■
« MON BAR À COUTURE EST BIEN PLUS VISIBLE SUR LE WEB »
I
«
l y a quelques semaines une jeune
étudiante d’une école de commerce
s’est présentée dans ma boutique
au nom de Google et a proposé
d’améliorer ma visibilité sur Internet,
gratuitement. Sa démonstration
m’a séduite et j’ai opté pour Google My
Business. Maintenant, les internautes qui
recherchent Mon Bar à Couture sur le Web
trouvent facilement l’adresse, le numéro
de téléphone et les horaires d’ouverture.
Ils ont également accès à mon logo
et à de belles photos réalisées par
un photographe professionnel mis
à ma disposition à titre gratuit »,
raconte Catherine Kong, la créatrice
d’un commerce lillois d’un nouveau genre
destiné aux amateurs de travaux
de couture sur le principe du do-ityourself. La jeune femme avait déjà
son site et s’était constituée un réseau
d’habitués sur Facebook. Maintenant, elle
sait combien de personnes consultent son
site via le moteur de recherche de Google.
Elle envisage de créer une communauté
de personnes présentes sur Google Plus
innovons EnsEmblE
et intéressées par des activités proches
de la sienne. De quoi étendre son réseau
d’influence, attirer de nouveaux clients
et se tenir au courant des nouvelles
tendances de manière à actualiser
ses visuels. « J’ai téléchargé l’application
sur mon téléphone. Comme ça,
je ne perds pas de temps à animer
mon réseau », explique Catherine Kong.
Ravie, elle ne manque pas de faire
la promotion de ces outils auprès
des chefs d’entreprise de sa connaissance.
Google a gagné un prescripteur. ■ G. H.
avec
Nick Leeder, directeur général de Google France.
© GOOGLE
et
Mélomanes, tendez l’oreille ! Devialet a décidé de démocratiser
ses amplificateurs sonores très haut de gamme. Depuis la
création en 2007 de cette société parisienne, il fallait débourser
entre 4.990 et 22.900 euros pour écouter dans son salon une
musique restituée jusque dans le moindre souffle d’un
instrumentiste, ou l’attaque d’un archet sur une corde. Mais fin
décembre, Devialet a présenté Phantom, une station d’écoute
tout aussi pointue dans sa technologie, mais accessible dès 1.690
euros. «C’est jubilatoire pour nous de démocratiser l’accès à une
qualité sonore qui apporte une valeur émotionnelle
incomparable», confie Quentin Sannié, le PDG de Devialet.
L’appareil est vendu chez Colette à Paris, chez Harrods à Londres
- où il a ouvert une filiale en février - mais bientôt aussi à
Singapour, à Hong-Kong, à Shanghai et aux Etats-Unis, où une
filiale est en cours de création. «Avec Phantom, nous serons
rentables cette année, avec un chiffre d’affaires multiplié par
quatre ou par huit», confie l’heureux patron qui a réalisé 11
millions d’euros de ventes l’an dernier, dont 90% à l’export. Pour
développer ce produit, trois ans de recherche et 25 millions
d’euros ont été nécessaires. «Nous avons levé 23 millions d’euros
auprès de 70 petits investisseurs privés, dont des salariés de
Devialet, et de business angels célèbres comme Marc Simoncini,
Xavier Niel Jacques Granjon, et l’industriel Bernard Arnault.» Et
dès 2008, il a bénéficié du soutien de Bpifrance. «Bpifrance nous
a accordé 1,75 million d’euros en prêts à taux zéro pour financer
nos recherches, une avance remboursable de 150.000 euros pour
le lancement de notre premier produit, et a apporté des contregaranties pour faciliter nos emprunts bancaires.» L’entrepreneur
salue aussi les mises en relation permises par Bpifrance. «Les
équipes de Bpifrance sont professionnelles. Nos relations sont
presque devenues amicales.» Peut-être parce qu’en matière
d’innovation, elles connaissent la musique.
Entrepreneurs, Bpifrance vous soutient en prêt et capital, contactez Bpifrance de votre région : bpifrance.fr
Quentin Sannié, le PDG de Devialet (assis)
avec ses trois cofondateurs
© Devialet
Devialet monte le son
I 8
L’EXPERT
COMMUNIQUÉ
O
LA TRIBUNE
TRIBUNE -- VENDREDI
DÉCEMBRE
2013
70- -WWW.LATRIBUNE.FR
WWW.LATRIBUNE.FR
LA
VENDREDI610
AVRIL 2015
- N-ON127
Entretien exclusif avec Thierry Van Vynckt, Président d’Akthirys Consulting
« Evolution du management : quels sont les
grands enjeux pour les entreprises ? »
Comment envisager le management dans un monde incertain et volatile ? Thierry Van Vynckt,
président d’AKTHIRYS Consulting et AKSIRA Transition, un des leaders du déploiement opérationnel du projet de l’entreprise à travers la mise en place de programmes fédérateurs peut s’adosser
à une solide expérience industrielle et de distribution pour comprendre et accompagner les grands
changements qui sont à l’œuvre dans les entreprises. Ancien d’INVIVO, de Michelin et d’EUROMASTER il copilote avec ses équipes les transitions et les changements qui réinterrogent les logiques
de management.
Notre environnement économique a beaucoup changé en
quelques années, les entreprises
sont confrontées à des mutations
radicales, est-ce que c’est aussi le
cas du management ?
Vous avez raison de parler de
mutations radicales. Ce qui est
essentiel aujourd’hui c’est d’anticiper l’avenir, de porter une
vision. Regardez ce qui s’est passé
en peu de temps : la révolution
de l’Internet et des réseaux
sociaux diffuse l’information en
temps réel et exacerbe les comportements. On sait tout, tout de
suite et par conséquent, on veut
tout, tout de suite. Internet est un
formidable outil, c’est une source
d’information, de transmission
des cultures et des connaissances
mais en même temps Internet ne
vous donne aucune vision d’avenir. La vision reste incarnée et on
attend des managers qu’ils la
portent et qu’ils soient capables
de la partager.
Qu’est-ce qu’une entreprise
forte ?
Une entreprise forte porte une
vision qui fait rêver. A l’intérieur
comme à l’extérieur. Elle s’appuie
d’abord sur l’efficacité économique et la solidité financière
mais ça ne suffit pas. Par le passé,
on dirigeait en s’appuyant sur des
formations d’excellence et sur le
contrôle de l’information. Les dirigeants issus des plus grandes
écoles ne peuvent plus se satisfaire de leurs diplômes. Ils doivent
travailler sur la légitimité de leur
management et il existe des techniques pour manager dans la
confiance et dans le partage des
valeurs.
La rapport au travail a lui aussi
profondément évolué…
C’est vrai, les rapports hiérarchiques sont différents, moins
figés et beaucoup plus souples.
Les nouveaux outils permettent
une diffusion rapide et complète
de l’information. Les collaborateurs sont assez rapidement à
égalité d’information. C’est un
changement de paradigme. De la
même façon, le rapport au travail
évolue. Dans les entreprises
aujourd’hui on raisonne plus en
termes de missions. Le travail à
vie, linéaire et garanti est devenu
l’exception. Je crois sincèrement
qu’il faut faire le deuil des plans
de carrière à vie. Je ne suis pas sûr
que ce soit un facteur de précarité comme on le dit trop souvent. Les entreprises ont toujours
besoin d’intelligence, de main
d’œuvre mais ces besoins s’expriment différemment. Nous
sommes confrontés à ce changement majeur. Le 20e siècle a été
le siècle du contrat de travail, le
21e siècle s’annonce comme celui
de la subdélégation. Et laissezmoi vous dire que c’est plutôt une
bonne nouvelle pour tous ceux
qui ont l’esprit d’entreprise. C’est
aussi une façon de redonner du
sens au travail. On sait où on va,
on sait vers quel objectif on tend.
Individuellement et collectivement.
Mais il faut aussi convaincre et le
management n’est pas toujours à
la hauteur…
Si l’entreprise est trop souvent
perçue comme un endroit dangereux c’est aussi parce que certains managers ont été défaillants. Avec la multiplication des
PSE, la confiance s’est émoussée.
La peur est entrée dans les entreprises avec le sentiment d’insécurité ou d’inconfort. Dans beaucoup de cas, on s’est surtout
préoccupé de réduction des
coûts et on a oublié l’avenir. On a
même oublié d’en parler à tel
point que les salariés se sont
retrouvés piégés dans le temps
présent, sans espoir de voir les
choses s’améliorer. La France est
assez mal à l’aise pendant les
périodes de transition. Les politiques n’ont rien arrangé. Ils ont
utilisé les patrons comme des
boucs émissaires. Dans beaucoup
de cas, ils ont cherché à se
défausser.
Qu’est ce qui vous paraît
aujourd’hui important pour assurer la transition du management
dans la période que vous décrivez ?
Le premier enjeu pour les managers c’est de maîtriser les nouvelles technologies. Je ne veux
pas dire qu’ils doivent devenir des
supers spécialistes mais j’affirme
qu’ils doivent garantir au groupe
qu’ils ne subissent pas ces nouvelles technologies. Assurer et
sécuriser la transition numérique
est très important. C’est un puissant facteur de stabilité. Le manager ne doit surtout pas se laisser
dépasser par la techno. Elle est au
service de l’entreprise et des
hommes et non l’inverse. On ne
peut pas ignorer la révolution
digitale. Je ne connais pas de secteur où elle serait absente. Les
patrons de PME doivent aussi
prendre conscience qu’ils
peuvent avoir accès au progrès
numérique. Ce n’est pas seulement l’affaire des grands groupes.
Dans le commerce, dans la distribution, dans la production ou les
services, on trouve des solutions
accessibles aux entreprises de
taille moyenne. Attention, il faut
aller vite car le retard pris dans ce
domaine ne se rattrape pas sans
dommage.
Comment le management peut-il
réagir face aux risques psychosociaux ?
C’est un terme un peu technocratique pour décrire quelque chose
de simple : le malaise ou la souffrance au travail. Nul ne peut faire
l’impasse sur ce sujet. Pardon d’en
revenir à mon premier propos
mais quand les managers n’ont
pas de vision à long terme, ils
subissent le présent et ils le font
subir aux autres. Il y a de la souffrance quand on met la pression
sur les cadres, les agents de maitrise et les salariés. Ils finissent par
se caporaliser et se retrouvent en
situation de concurrence les uns
par rapport aux autres. Le premier capital d’une entreprise c’est
son capital humain. Quand les
hommes sont victimes de la souffrance au travail, c’est toute l’entreprise qui est menacée.
Pensez-vous que le rôle du management est aussi d’identifier les
signaux faibles qui dessinent les
contours de l’avenir ?
Comment passer à coté ? De
grandes entreprises confrontées
à une modification des usages
ont engagé des anthropologues
pour anticiper les besoins de
consommation sur des périodes
longues. Et dans tous les cas, ces
entreprises ont pris une longueur
d’avance sur leurs concurrents.
Elles se sont pour partie libérées
de la pression des prix bas pour
s’engager dans des voies plus
valorisées. Un manager moderne
doit par exemple comprendre les
enjeux de la nouvelle économie
du partage. Ses logiques modifient les comportements. Prenez
les jeunes, ils n’ont pas le même
rapport à la propriété. Les objets
n’ont pas nécessairement une
valeur patrimoniale pour eux. Ce
qui les intéresse c’est de pouvoir
les utiliser. C’est un changement
radical. Que faudra t-il vendre
demain ? L’objet ou le bénéfice de
l’objet ?
Reste la dimension sociale. La
situation de l’emploi est très
dégradée et on voit mal comment elle pourrait s’améliorer
rapidement et profondément.
Que fait le manager capitaine de
navire dans cette tempête ?
Un des enjeux de l’équilibre
social, c’est la gestion de la GPEC
(Gestion Prévisionnelle des
Emplois et Compétences).
L’image de la tempête est assez
juste. On ne gouverne pas un
navire de la même façon sur une
mer calme et par gros temps. Le
manager avisé anticipe. Et j’en
reviens à la vision sur le long
terme. On peut imaginer les scé-
Thierry Van Vynckt, Président d’Akthirys Consulting
narii du futur. Le manager a pour
mission de s’y préparer et de préparer ses équipes. La bonne GPEC
prévoit des formations de transition, elle mobilise les outils qui
vont informer, accompagner,
rassurer, réorienter. Tout ceci est
possible. Il n’y a aucune fatalité
de la crise et du déclin. Le rôle du
manager est d’être rassurant. De
façon générale, la nature
humaine n’aime pas les changements. Mais quand on sait les
prévoir, quand on s’y prépare, on
constate sur le terrain que tout le
monde tire dans le même sens.
Quand on vous écoute, on se dit
que le manager est un superman.
Il doit aussi piloter l’innovation…
Le manager ne conduit pas l’innovation en solo. Dans une
entreprise, tout le monde est
créatif. Le management efficace
est celui qui créé les conditions
pour que l’innovation émerge
d’un processus collectif. Il faut
ensuite la codifier et la canaliser
mais on se rend compte qu’il y a
souvent une créativité dormante
dans les entreprises. Nous
accompagnons les managers
pour faire éclore cette créativité
qui conduit à l’innovation. Les
barrières sont très psychologiques. Les salariés peuvent avoir
peur du ridicule, de l’échec. Parfois, ils ont peur de se faire
« piquer » les bonnes idées.
Notre rôle est d’apporter des
procédures pour accoucher les
innovations et pour les rendre
productives.
Quel peut être selon vous le profil type du manager efficace ?
Le manager efficace sait créer un
climat positif. Il valorise les personnes sans tomber dans l’assistanat. Il garantit la protection des
individus dans le cadre professionnel. Il entretient la proximité.
Le management est toujours
incarné. On ne peut pas se satisfaire de l’empreinte numérique :
je vous ai adressé un mail,
débrouillez vous…Le manager
avisé ne perd pas de vue l’objectif essentiel : maintenir ou augmenter la performance, viser la
croissance endogène plus que la
réduction des coûts, en mobilisant des ressources rares et précieuses.
Sa mission est très large…
Oui, il est d’abord connecté, il est
proche et généreux, il est indifféremment un homme ou ...une
fem m e, i l ( o u el le ) e st
rassurant(e), sans être paternaliste…Le manager est fédérateur
à l’intérieur de l’entreprise et à
l’extérieur. Il sait nouer des
alliances et piloter des rapprochements. Il s’inscrit dans le
temps présent, dans un monde
où le succès ne se mesure pas
seulement au profit mais aussi et
de plus en plus, à la réalisation de
soi même.
Propos recueillis par PPI
I 25
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
VU DE BRUXELLES
OPINION
La mission
impossible d’Elke
FLORENCE
AUTRET
CORRESPONDANTE
À BRUXELLES
RETROUVEZ
SUR LATRIBUNE.FR
SON BLOG
« VU DE BRUXELLES »
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LA TRIBUNE NOUVELLE. S.A.S.
au capital de 4 850 000 euros.
Établissement principal :
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Siège social : 10, rue des Arts,
31000 Toulouse. SIREN  : 749 814 1304
Président, directeur de la
publication
Jean-Christophe Tortora.
Vice-président métropoles et régions
Jean-Claude Gallo.
La FDIC est responsable de plus
de 4000 institutions de taille modeste
(pas des plus grandes banques, dites
systémiques) et en ferme effectivement
un bon nombre chaque année.
En Europe, la gestion de la résolution
des « petites » banques est confiée
à des fonds nationaux. Le Conseil
européen de résolution bancaire,
lui, est censé, avec des moyens
comparables à la FDIC, s’attaquer aux
120 plus grandes banques européennes
(et environ 80 autres ayant
des activités transfrontalières).
C’est une gageure. Les Américains,
qui ont quatre-vingts ans ans d’histoire
de gestion de la résolution derrière
eux, ont confié le soin à la FDIC
(et quelques autres agences ainsi
que le Trésor) de plancher sur une
méthode de « résolution », autrement
dit la fermeture, des banques
systémiques et de passer au crible leurs
« testaments ». Les travaux sont
en cours. Le fonds de garantie, lui,
est réservé aux plus petites banques.
À New York, on sait bien qu’on ne gère
pas la chute d’un monstre comme
Lehman ou JP Morgan en tapant les
50 milliards de la FDIC, mais que faute
d’avoir trouvé un moyen de les mettre
en faillite proprement et à moindre
coût, il faudrait toujours prévoir
une ligne de crédit géante du Trésor.
Rue de la Science aussi. « Le lien malsain
entre les États et les banques ne peut être
totalement supprimé. Un Fonds européen
ne ferait que porter le problème
à un niveau supérieur », expliquait il y a
un an Elke König, alors patronne
de la BaFin, l’autorité de supervision
bancaire allemande. Passée désormais
à ce « niveau supérieur », elle a rappelé
le mois dernier, en marge de la première
réunion de son conseil d’administration,
qu’il fallait apporter une réponse
au « backstop » public de son fonds
et s’attaquer au « too big to fail »
en posant la question des structures
de ces banques géantes « irrésolvables ».
En d’autres termes, le Conseil de
résolution ne devrait pas devenir l’alibi
d’une réponse incomplète à la crise.
Le message s’adresse directement
aux ministres des Finances. Après
un an de travaux, leurs sbires n’ont
toujours pas réussi à s’entendre sur
un « backstop » au fonds de résolution
européen, autrement dit sur la manière
dont on financerait – de façon solidaire
ou non – avec de l’argent public
la défaillance d’un géant. Quant
à la réforme des structures bancaires,
lancée en 2013, elle est en voie
de « détricotage » accéléré.
Signe de l’embarras persistant
des dirigeants publics devant
le pouvoir des très grandes banques. ■
RÉDACTION
Directeur de la rédaction
Philippe Mabille.
Directeur adjoint de la rédaction
Robert Jules
( Économie - Rédacteur en chef
adjoint : Romaric Godin.
Jean-Christophe Chanut, Fabien Piliu.
( Entreprise - Rédacteur en chef :
Michel Cabirol. Rédacteurs en chef
adjoints : Delphine Cuny,
Fabrice Gliszczynski, Marina Torre.
L
’
© OLIVIER BOUCHERAT
DR
E
lle a du pain sur
la planche, la présidente
du conseil européen
de résolution bancaire.
L’ancienne patronne de
la BaFin, le superviseur
bancaire allemand, est censée tenir
la promesse que les dirigeants
politiques ont répété à l’envi depuis
au moins cinq ans : faire en sorte que
la prochaine faillite d’une ou plusieurs
grandes banques européennes ne se
fasse plus aux frais des contribuables.
L’Allemande Elke König et sa petite
vingtaine de collaborateurs ont
jusqu’au 1er janvier 2016, pour se mettre
en ordre de bataille. Mais comment
une « start-up », comme elle aime à
qualifier son équipe de 20
collaborateurs logés provisoirement
rue de la Science, s’est-elle retrouvée
chargée d’une telle responsabilité ? Un
petit retour dans le passé s’impose.
2008. Les banques européennes sont
menacées d’asphyxie. Il faut tout faire
pour éviter de repasser par la case
du chaos des années 1930. Ce n’était
même plus une question d’économie
mais d’ordre social. Les dirigeants
européens font ce que n’importe qui
ayant le pouvoir doit faire
en pareilles circonstances : d’un côté,
ils garantissent les dépôts pour éviter
que vous et moi allions vider notre
compt e ; de l’autre, ils assurent la survie
des banques en y injectant
des centaines de milliards d’argent
public : environ 2000 milliards d’euros
de capital ou de garantie.
Ce coûteux sauvetage, alors que
les dérives cupides des banquiers
faisaient la une des journaux, fit
scandale. C’est alors que les dirigeants
firent une promesse : à l’avenir,
il faudrait trouver le moyen de fermer
les banques en faillite en faisant payer
le prix aux actionnaires et aux
créanciers, pas aux déposants
et encore moins aux contribuables.
Fin 2013, ils jettent ainsi les bases
d’un système inspiré du même esprit
libéral de responsabilité et à première
vue comparable à celui créé aux
États-Unis après la crise de 1929,
avec la Federal Deposit Insurance
Corporation (FDIC) : une agence
chargée de quoi garantir des dépôts
mais aussi superviser et financer
la fermeture des institutions malades
en puisant dans un fonds d’environ
50 milliards de dollars, financé
par des contributions des banques.
En Europe aussi, ce fonds, financé
par les banques, doit atteindre
les 55 milliards à l’horizon 2023.
Les apparences sont toutefois
trompeuses car la mission
des deux institutions diffère.
Le grand Paris de
l’usine du futur
PIERREANTOINE
GAILLY
PRÉSIDENT DE LA CCI
PARIS ÎLE-DE-FRANCE
( Finance - Rédacteur en chef
adjoint : Ivan Best. Christine Lejoux,
Mathias Thépot.
( Correspondants Florence Autret
(Bruxelles), Jean-Pierre Gonguet.
( Conseiller éditorial François Roche.
( La Tribune Hebdo Rédacteur en chef Alfred Mignot.
Chef de studio : Mathieu Momiron.
Secrétaire de rédaction et révision :
Éric Bruckner.
a région
parisienne
a de nombreux
atouts pour faire
émerger l’usine
du futur,
et les chambres de commerce
concourent à créer
un écosystème qui lui soit
favorable. La vague du numérique
qui déferle sur nos économies va
offrir une nouvelle chance à notre
pays pour regagner le terrain
perdu ces dernières années.
Aucune position acquise
ne résistera à cette « 4e révolution
industrielle » qui s’annonce : dans
l’économie d’hier, les gros
mangeaient les petits ; dans celle
qui vient, les rapides vont manger
les lents…
Sur les trente dernières années,
l’industrie française a perdu plus
de 2 millions d’emplois et la part
de l’emploi industriel dans le total
a été divisée par deux. Les causes
de ce diagnostic sont connues :
intensification de la concurrence
internationale, restructuration,
délocalisation et faiblesse
structurelle, notamment
le positionnement en milieu
de gamme. Ce déclin n’est pas
contestable, mais n’est pas fatal.
L’Île-de-France, première région
industrielle française avec plus
de 14 % des effectifs industriels
du pays (près de 450 000 emplois)
se caractérise par une industrie
très diversifiée, qu’il s’agisse
d’activités traditionnelles ou
en émergence. Plusieurs d’entre
elles ont été identifiées comme
stratégiques, parmi lesquelles
l’aéronautique, l’automobile,
les éco-industries, les industries
graphiques, le luxe, la mécanique,
la santé et les sciences du vivant.
Pour autant, comme ailleurs,
l’industrie francilienne a beaucoup
souffert depuis la crise de 2008,
en particulier dans l’automobile.
L’avènement de l’industrie 4.0,
dont la révolution conduit à
« la numérisation de l’entreprise »,
organise de façon différente
les moyens de production
en dotant l’entreprise d’une plus
grande agilité et d’une allocation
plus efficace de ses ressources,
avec pour socle technologique
l’Internet des objets
et les systèmes cyberphysiques.
Des usines plus efficaces, plus
productives, à la compétitivité
renforcée, où le diktat du coût
du travail sera moins prégnant,
COMITÉ DE DIRECTION
Max Armanet, directeur éditorial Live
Media.
Cécile Chambaudrie, directrice Hub
Media.
Robert Jules, directeur adjoint de la
rédaction
Thomas Loignon, directeur des projets
numériques et du marketing marque.
Philippe Mabille, directeur
de la rédaction.
Aziliz de Veyrinas, directrice stratégie
et Développement Live Media.
mais surtout une totale
refondation de la relation client,
reposant sur une meilleure
connaissance des habitudes
de consommation vont donc voir
le jour. L’internet des objets,
le big data et les technologies
additives sont au cœur de cette
révolution. C’est dans un dialogue
entre industriels et prestataires
de services que doit se concevoir
cette usine du futur. À ce titre,
l’Île-de-France, terre d’émergence
des start-up du numérique, lieu
d’accueil de nombreux pôles
de compétitivité mondiaux,
principal nœud financier du pays,
offre toutes les ressources
nécessaires à l’émergence de ce
nouveau modèle industriel.
Ne nous y trompons pas,
les usines du futur,
ultracompétitives car
ultraconnectées, vont accélérer la
polarisation
du marché du travail, entre des
emplois industriels très qualifiés
et des emplois de services
de proximité peu rémunérés.
Bien plus, on estime que 65 %
des métiers qui existeront
dans vingt ans n’ont pas encore
été créés aujourd’hui.
Dans ce contexte, les CCI, et la
CCI Paris Île-de-France
particulièrement, prennent en
compte la nécessité de créer un
écosystème favorable à cette
révolution, aussi bien dans leur
mode de fonctionnement en
s’appropriant les logiques du
numérique, que dans les services
qu’elles rendent aux entreprises
650 000 dans la région –, en offre
de formation et de qualification.
Ainsi, la CCI Paris Île-de-France
redéfinit sa politique d’alliance et
la met en œuvre avec les sept pôles
de compétitivité franciliens, afin de
développer le potentiel
d’innovation des entreprises
industrielles et d’accompagner leur
transformation en usine du futur.
En définitive, ces évolutions
doivent être envisagées comme
une formidable opportunité
à saisir pour repositionner
l’industrie française dans
la compétition mondiale,
à la condition indispensable
de savoir nouer des liens
entre services et industrie, entre
acteurs privés et publics,
entre territoires et grands
groupes. L’enjeu est de taille :
l’entreprise industrielle sera
usine du futur ou ne sera pas. ■
CONTACTS
Directeur commercial Hub Média :
Luc Lapeyre (73 28)
Responsable Abonnements :
Martin Rivière (73 13)
Abonnements et ventes au numéro :
Aurélie Cresson (73 17).
ACTIONNAIRES
Groupe Hima, Laurent Alexandre,
JCG Medias, SARL Communication
Alain Ribet, SARL RH Éditions/Denis
Lafay.
Imprimerie Riccobono
79, route de Roissy
93290 Tremblay-en-France
No de commission paritaire :
0519 C 851307.
ISSN : 1277-2380.
26 I
GÉNÉRATION
LA TRIBUNE - VENDREDI 10 AVRIL 2015 - NO 127 - WWW.LATRIBUNE.FR
ALEXANDRE WOOG
Fine lame de
l’e-commerce
À 30 ans, champion d’escrime, le PDG
cofondateur du site de location entre
particuliers e-Loue construit en six mois une
galaxie à coups de rachats et de lancements.
PAR PERRINE CREQUY
D
ans le sport comme
dans
les
affaires,
Alexandre Woog fait
mouche. À 30 ans, le
PDG du groupe e-Loue
mène ses assauts parfois le sabre à la main,
mais jamais le couteau entre les dents.
Comme sur la piste, c’est avec rapidité, dynamisme et réflexes que cet escrimeur multimédaillé développe l’activité du site de location en ligne entre particuliers qu’il a
cofondé il y a six ans. Avec 20 % de commission sur chaque location – d’outils de bricolage, de consoles de jeux, d’appareils photo,
etc. –, il revendique 5 millions d’euros de
chiffre d’affaires en 2014. Ce tacticien qui
« déteste rester sur des acquis et préfère prendre
des risques, quitte à faire des erreurs » veut accélérer. Annoncé en novembre dernier, le
rachat pour 3,5 millions d’euros de Sejourning – un site de locations de logements
entre particuliers – marque l’attaque de sa
nouvelle stratégie de croissance : « Nous
construisons des verticales thématiques autour
d’e-Loue. Ces sites thématiques renforcent nos
communautés autour de centres d’intérêt précis,
et améliorent notre référencement sur le Web.
D’ici à deux ans, nous aurons construit une
vingtaine d’univers, et nous serons incontournables dans tous les secteurs de l’économie du
partage », planifie le souriant Alexandre
Woog.
En six mois, il a déjà pris pied dans la puériculture, avec le rachat de Mamanlou annon-
« D’ICI À DEUX ANS,
NOUS SERONS
INCONTOURNABLES
DANS L’ÉCONOMIE
DU PARTAGE »
cé en février ; dans le sport en créant GoSport Location avec le distributeur spécialisé ;
dans l’autopartage en lançant Autovoisin.fr
avec le Groupe Entreprendre ; et même dans
la location de camping-cars avec l’acquisition de ContactNgo, annoncée la semaine
dernière. « Au total, nous comptons 2,5 millions
d’utilisateurs en France, dont 150 000 sont actifs. Et cette année, nous allons nous lancer dans
plusieurs pays, pas seulement en Europe. Vous
en saurez plus d’ici à l’été », confie l’entrepreneur, qui a la double nationalité française et
israélienne. Il représente Israël en escrime
depuis 2010, après qu’il a quitté l’équipe de
France « faute de pouvoir consacrer plus de dix
heures par semaine à l’entraînement » du fait
de l’essor d’e-Loue. On lui demande pourquoi il n’entreprend pas dans la « Silicon
Wadi », l’écosystème israélien de start-up
établi à Tel Aviv. Il répond sans esquive :
« Entreprendre en Israël est un de mes objectifs.
L’activité y sera lancée avec des investisseurs locaux, comme dans tous les autres pays que nous
ciblons. Mais il y a beaucoup de raisons d’entreprendre en France », nuance-t-il, en vantant le
soutien reçu de Bpifrance et les nombreux
avantages fiscaux et sociaux liés à son statut
de jeune entreprise innovante.
« Alexandre est à l’aise avec la complexité et il
manifeste un sens hors du commun du partenariat équitable, nouant des associations bilatérales fortes. Il est très intelligent et sait
convaincre. Il est visionnaire et affirme ses
idées, tout en restant curieux des autres et dans
l’échange », détaille Christophe Montague,
le PDG du fonds de media for equity 5M Ventures, qui a participé à la deuxième levée de
fonds d’e-Loue, en 2014, à hauteur de
600 000 euros sur les 2 millions réunis
alors. Cette recherche de l’accord « gagnant-gagnant », Julien Delon, le cofondateur de Sejourning, l’a observée aussi lors
de la cession de sa société : « Alexandre va
droit au but et se concentre sur les intérêts communs. On peut discuter franchement avec lui.
Nous lui faisons confiance pour faire grandir
l’entreprise. » La négociation s’est ainsi
conclue dans la bonne humeur et la bonne
chère, autour d’un côte-rôtie, et la signature
a été immortalisée par un selfie.
« On est content de grossir. Faire vivre des gens
grâce à ce qu’on a créé, c’est une satisfaction »,
clame Alexandre Woog. L’ambitieux et jovial
entrepreneur, à la tête d’une équipe de 20 salariés, prévoit d’ici à la fin de l’année une
vingtaine de nouvelles recrues, dont la moitié à l’international. « Alexandre sait réunir les
gens autour de lui. Il est clair dans ses objectifs, il
n’hésite pas à donner un coup de main à qui en
a besoin, et il tient ses promesses. Il rend les
choses faciles. Et la contrainte de ses entraînements sportifs accroît son efficacité », observe
Benoît Wojciechowski, directeur technique
d’e-Loue et associé d’Alexandre Woog.
Les deux hommes se sont rencontrés sur les
bancs de Telecom SudParis. Leurs aspirations entrepreneuriales, leur goût pour la
technologie et la curiosité de tester de nouvelles idées les ont réunis. Alexandre Woog
aurait pu entreprendre dès 2001, en sortant
du lycée Louis-Le-Grand. Mais plutôt que de
monter cette société d’import-export en
Chine avec un camarade chinois, il s’est
orienté en classes préparatoires. Admis à
Telecom SudParis en 2003, il s’est formé à la
finance pendant trois ans, enchaînant les
stages dans les salles de marché, notamment
© MARIE-AMÉLIE JOURNEL
@PerrineCrequy
Zone d’influence : #Economie du partage, #Stratégie,
#Communication, #Fusion-Acquisition
à BNP Paribas, ainsi qu’aux mathématiques
en licence à Jussieu. Ces deux diplômes en
poche, en 2006, il a de nouveau cédé aux sirènes de la négociation sur les marchés financiers : élève du mastère finance à HEC, il
travaille pour le Crédit coopératif comme
opérateur de marché sur le Forex – le marché des changes – et les options de dérivés
jusqu’en 2009. « J’ai vécu de l’intérieur le
changement d’ambiance dans la finance après la
chute de Lehman Brothers », se souvient-il. Lui
qui « s’ennuyait dans ce métier répétitif » décide alors de suivre ses aspirations entrepreneuriales. Cette voie, c’est celle de son
« grand-père juif polonais arrivé en France sans
rien, qui s’est installé dans le Sentier et qui a
réussi grâce à son expertise dans le travail du
cuir et sa fibre commerciale ». Et, pourquoi
pas, celle de son oncle Thierry Woog, un des
cofondateurs de la SSII Alten, « qui a été introduite en Bourse ».
D’ici à ce que le groupe e-Loue soit coté,
Alexandre Woog aura encore à relever bien
des défis. Mais lui qui a démarré avec
3 000 euros de capital social ne se laisse pas
déstabiliser par les avaries. Son maître
d’armes, Jean-Hugues Foures, le confirme :
« Alexandre ne se laisse jamais démoraliser.
Quand il s’est rompu les ligaments croisés en août
dernier, il m’a demandé quels seraient les prochains objectifs, quand la plupart des athlètes qui
subissent cette blessure y voient la fin de leur saison. » L’entraîneur le dit aussi « offensif, avec un
sens aigu du tempo et de l’à-propos dans la touche,
ce qui est très difficile à enseigner ».
Cette intuition du bon mouvement au bon
moment, le patron du groupe e-Loue la met
en œuvre dans sa communication. Dès le lancement de la plateforme, en avril 2009, le ecommerçant s’est installé dans une boutique
avec vitrine, où il affichait quelques annonces
disponibles en ligne. « C’était intéressant d’observer les réactions des passants qui tombaient
sur la proposition de location d’une chèvre »,
sourit Alexandre Woog. Depuis, il a obtenu
tous ses blasons dans l’art du buzz : avec le
pseudo-lancement du site LouenePetiteAmie.com, puis la publication d’une annonce
proposant « un sein pour allaiter les enfants de
couples gays », et autres opérations de « newsjacking ». Lors du pic de pollution à Paris en
mars, il a demandé à ses équipes de créer une
nouvelle fonctionnalité sur la plateforme,
pour permettre de louer une plaque d’immatriculation paire ou impaire… et surtout,
pour surfer sur l’émoi suscité par la mise en
place de la circulation alternée.
Ce savoir-faire et son expérience, ce père
d’une fillette de 18 mois les partage via une
conférence TEDx, au sein des incubateurs
de HEC et de Telecom SudParis et dans les
lycées avec l’association 100 000 Entrepreneurs. Le temps d’un échange, avant son
entraînement quotidien. Car il a bien l’intention de se qualifier pour les Jeux olympiques
d’été à Rio de Janeiro, l’an prochain. ■
TIME LINE
Alexandre Woog
Mai 1984
Naissance à Paris.
2005
Rejoint l’équipe
de France d’escrime.
Juin 2006
Diplômé de Telecom
SudParis et d’une licence
de mathématiques
à Jussieu.
Septembre 2006
Intègre un mastère
finance à HEC et devient
opérateur de marché
au Crédit coopératif.
Janvier 2009
Cofonde e-Loue
Juin 2010
Lève 500 000 euros.
MODE D’EMPLOI
• Où le rencontrer ? Dans
le XVe arrondissement de Paris.
« Je reçois dans nos locaux, ou autour d’un
petit-déjeuner, d’un déjeuner ou d’un café.
N’hésitez pas : j’aime rencontrer les gens. »
• Comment l’aborder ? De façon non
commerciale. « À partir du moment où on
ne cherche pas à me vendre quelque chose,
je réponds volontiers à toutes les questions
liées à mon secteur d’activité ou non. »
• À éviter ! La frilosité. « Personne ne
peut croire en vous et en votre projet
à votre place. Quatre-vingt-dix pour cent
des gens rêvent de créer une entreprise,
mais seuls 5 % le font. »
Avril 2014
Lève 2 millions d’euros.
Fin 2014
Rachète MamanLou
et Sejourning.com.
Premier trimestre 2015
lance GoSport Location
et Autovoisin.fr.
Avril 2015
Annonce l’acquisition de
ContactNgo.
2017
Le groupe compte
20 univers spécialisés,
150 à 200 salariés, et
est présent dans 15 pays.
08.04.2015
14:05
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