Les cinq affaires qui menacent le Front national

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Elle a annoncé que Jean-Marie Le Pen serait convoqué
en procédure disciplinaire. Ce qui a permis à nombre
de responsables frontistes de saluer sa « stature de
chef d’État ». La séquence est habilement menée. Mais
elle ne suffira sans doute pas pour faire oublier les
cinq affaires qui menacent aujourd’hui le parti ou ses
dirigeants.
• Une enquête sur le financement des campagnes
du FN
Les cinq affaires qui menacent le Front
national
PAR MARINE TURCHI
ARTICLE PUBLIÉ LE VENDREDI 10 AVRIL 2015
C'est l'enquête judiciaire qui pourrait atteindre Marine
Le Pen elle-même. Depuis avril 2014, et suite à
un signalement de la commission des comptes de
campagne, les juges Renaud Van Ruymbeke et Aude
Buresi épluchent le financement des campagnes du
Front national, et notamment la présidentielle et les
législatives de 2012. Ils soupçonnent un financement
illégal et s'intéressent au rôle joué par Jeanne, le
micro-parti de Marine Le Pen, et Riwal, la société de
communication de son vieil ami Frédéric Chatillon,
prestataire principal du FN.
Marine Le Pen au 20 heures de TF1, le 9 avril 2015. © Reuters
Marine Le Pen ouvre une nouvelle crise avec son
père au moment opportun: l'enquête des juges sur
le FN a été élargie, le 9 mars, à des soupçons
de financement illicite des campagnes électorales en
2012. Cinq affaires – quatre enquêtes judiciaires et une
demande de commission d'enquête parlementaire –
menacent aujourd'hui le parti ou ses dirigeants.
Selon Le Monde, l'enquête a été élargie le 9 mars aux
faits de financement illégal d’un parti politique,
acceptation par un parti politique d’un financement
provenant d’une personne morale et financement
illégal de campagne électorale.
« Peu importe que l’on parle de nous en bien
ou en mal. L’essentiel, c’est qu’on en parle ! »,
expliquait il y a quelques jours Jean-Marie Le Pen.
Cette stratégie médiatique que le Front national
a souvent appliquée trouve aujourd’hui ses limites
avec l’avalanche d’ennuis judiciaires du parti. Bien
consciente du problème, Marine Le Pen a créé son
propre storytelling, annonçant elle-même mercredi
dans Le Monde« une crise sans précédent » au Front
national, puis évoquant, dans un communiqué, un «
suicide politique » de son père.
Plusieurs piliers des campagnes frontistes ont déjà été
mis en examen : Frédéric Chatillon pour financement
illégal de parti politique, mais aussi « faux et usage
de faux », « escroquerie », « abus de bien social »
et « blanchiment d'abus de bien social » ; les deux
trésoriers successifs de Jeanne, Olivier Duguet et Axel
Loustau ; et Riwal elle-même, pour escroquerie et
financement illégal de parti politique.
[[lire_aussi]]
Si cet affrontement entre père et fille est récurrent
et bien réel, la présidente du FN a poussé la crise à
son paroxysme à un moment très opportun. Jeudi soir,
alors que de nouvelles mises en examen dans l’enquête
sur le financement de son parti étaient révélées, Marine
Le Pen a exprimé au 20 heures de TF1 son « chagrin
» de « fille » meurtrie par la « dérive personnelle » de
son père et son « obligation » comme présidente du FN
« de défendre ce qui est le socle de notre mouvement
» et d'assumer ses « lourdes responsabilités ».
D'après Le Monde, Marine Le Pen et deux de
ses proches, David Rachline, sénateur et maire
de Fréjus, et Nicolas Bay, député européen et
secrétaire général du FN, sont désormais directement
visés par les investigations. Comme Mediapart
l'a raconté, les nombreuses casquettes de Nicolas
Crochet, le commissaire aux comptes du FN,
se révèlent problématiques. L'expert-comptable est
entendu vendredi par les juges.
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Fondée en 2010, Jeanne est devenue la pièce maîtresse
du dispositif électoral du FN, offrant via Riwal des
« kits électoraux » et des crédits aux candidats FN,
avec le feu vert de l’état-major frontiste. En 2012,
l’association de financement avait brassé 9,6 millions
d’euros, devenant la quatrième formation politique
en termes de rentrées financières, devant… le Front
national.
se terminera comme à chaque fois par un non-lieu ou
une relaxe dans quelques mois, mais la calomnie aura
rempli son rôle.»
Les enquêteurs se penchent sur ce système de prêts
accordés aux candidats à un taux exceptionnellement
élevé et de vente de kits de campagne par le microparti. Le mécanisme, que Mediapart avait détaillé
dès octobre 2013, est le suivant : Jeanne achète des
kits de campagne à Riwal, les revend aux candidats,
qui les paient grâce à un prêt octroyé par Jeanne. Le
micro-parti empoche les intérêts du prêt (6,5 %) ; et les
candidats frontistes déclarent les intérêts payés avec
le remboursement du prêt comme frais de campagne,
afin d'être remboursés par l’État (lorsqu'ils ont dépassé
les 5 % des voix).
Marine Le Pen et Florian Philippot au parlement européen, le 11 mars. © Reuters
• Une enquête sur des soupçons de fraude au
parlement européen
C’est une affaire qui «inquiète au Front national », de
l’avis d’un responsable du parti. « C’est la panique à
bord, ils sont allés un peu loin… », glisse-t-il. Le Front
national est visé depuis le 24 mars par une enquête
préliminaire pour « abus de confiance » présumés dans
l’affaire des assistants du parti au parlement européen.
Cette enquête, qui a été ouverte par le parquet de
Paris et confiée à l'Office central de lutte contre la
corruption et les infractions financières et fiscales
(OCLCIFF), fait suite à un signalement par le
président du parlement européen Martin Schulz, le 9
mars. Schulz avait saisi l’Office européen anti-fraude,
l’OLAF, et prévenu la ministre de la justice française
d'« une possible utilisation frauduleuse de fonds
européens », et de soupçons d'emplois fictifs (lire
notre article). Marine Le Pen avait immédiatement
dénoncé une « opération politique » avant les élections
départementales, accusant le gouvernement socialiste
français d’avoir « mobilisé ses amis contre le FN » au
parlement.
Au cœur de cette affaire et des finances du FN, on
trouve un trio sulfureux : Frédéric Chatillon, Axel
Loustau et Olivier Duguet. Tous trois se connaissent
bien : ils appartiennent au même réseau de sociétés et
ont milité ensemble au GUD (Groupe Union Défense),
une organisation étudiante d'extrême droite radicale,
dans les années 1990 (retrouvez ici tous nos articles
sur cette affaire).
Marine Le Pen leur a récemment renouvelé sa
confiance, rappelant qu'« une mise en examen, ce
n’est pas une condamnation ». Lors de l'ouverture de
l'enquête, elle avait réagi sur Twitter : « Enquêtes,
informations judiciaires, perquisitions, le pouvoir
socialiste ne manque pas d'imagination face à son
opposition politique. » Avant d'ajouter : « Tout cela
Au cœur de l’affaire : les salaires versés à
certains assistants des eurodéputés FN. Une vingtaine
d'assistants frontistes – sur 63 – sont soupçonnés
de ne pas travailler pour leurs élus alors qu'ils sont
rémunérés par le parlement européen. Vingt d'entre
eux occupent en effet une fonction officielle au siège
du Front national, à Nanterre, comme l’indique le
nouvel organigramme du parti.
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Or, au parlement, la rémunération des collaborateurs
est encadrée : les eurodéputés disposent d'une
enveloppe maximale de 21 000 euros par mois pour
employer des assistants, qui peuvent être « accrédités
» (ils travaillent alors entre les murs du parlement),
ou « locaux » (ils travaillent pour le député dans la
circonscription locale).
De nouveaux éléments accréditent l’hypothèse d’un
soutien financier russe en échange d’un soutien
politique du FN. Comme Mediapart s'en est fait
l'écho, un groupe de hackers russes a rendu publics,
le 31 mars, des échanges de textos évocateurs d’un
responsable du Kremlin, Timur Prokopenko.
Ces messages datés de mars 2014 évoquent des
contacts entre les Russes et le Front national pour
obtenir une prise de position officielle du parti
d'extrême droite en faveur du rattachement de la
Crimée à la Russie. Il y est question de la manière dont
Marine Le Pen doit être « remerciée » en échange de
son soutien, mais aussi de discussions financières avec
le Front national.
Le Front national n’est pas le seul parti à recourir
à cette pratique qui consisterait à puiser dans la
cagnotte européenne pour financer le parti. Mais il
est reproché au parti de Marine Le Pen d’avoir «
industrialisé » ce « système » : pas moins de 31
assistants des élus frontistes – sur 63 – cumulent avec
des responsabilités au sein du parti, ou avec un mandat
électoral local. Mediapart avait soulevé le problème
dès 2013 (lire nos enquêtes ici et là).
Le 17 mars 2014, Marine Le Pen a effectivement
pris une position officielle sur la Crimée, jugeant les
résultats du référendum « sans contestation possible
». La veille, Aymeric Chauprade était en Crimée
comme « observateur » du référendum, à l’invitation
d’une sulfureuse organisation pro-russe. Quinze jours
plus tard, Jean-Marie Le Pen signait le premier prêt
russe, avec l’aide d’Aymeric Chauprade, qui a servi
d’intermédiaire. Deux millions d’euros seront ainsi
versés à son micro-parti Cotelec le 18 avril 2014. Cet
argent a permis à l’association d'avancer des fonds aux
candidats aux européennes. En septembre 2014, c'est
au tour de la présidente du FN de décrocher un prêt
de 9 millions d’euros de la First Czech Russian Bank
(FCRB), une banque basée à Moscou.
Le préjudice pourrait s’élever jusqu’à 7,5 millions
d’euros sur la législature en cours (2014-2019) – une
somme qui reste une projection théorique, et que
l’enquête devra affiner, si la fraude est confirmée. Les
enquêteurs devront établir pour chaque assistant, s’il
a effectivement consacré tout ou partie de son temps
de travail au mandat européen de son député, à hauteur
de sa rémunération par le parlement.
• Une commission d’enquête parlementaire sur les
financements russes du FN
Le groupe PS à l’Assemblée nationale a demandé
le 8 avril la création d'une commission d'enquête sur
les financements russes du Front national. Les auteurs
de cette proposition de résolution espèrent qu’elle
sera inscrite à l’ordre du jour « dans les prochaines
semaines ».
De son côté, Marine Le Pen juge « délirantes » ces
accusations. « Cela fait longtemps que nous sommes
sur cette ligne [pro-Russe] », avait-elle répondu en
décembre, en expliquant avoir été « contrainte » de
Comme Mediapart l’avait révélé à l’automne, les
Le Pen ont décroché en 2014 des prêts russes à hauteur
de 11 millions d’euros pour financer leurs activités
politiques. Si rien n’interdit à un parti politique de
contracter un emprunt auprès d’une banque étrangère,
c’est plutôt la chronologie de l’obtention de ces prêts
qui interroge. Car ces deux dernières années, les
dirigeants du FN ont multiplié les déclarations de
soutien à Vladimir Poutine et les rencontres de proches
du président russe à Moscou.
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se tourner vers la Russie, compte tenu du refus des
banques françaises – dont elle avait dévoilé cinq lettres
de refus.
questionnements, notamment au sujet de l'héritage
contesté du cimentier Lambert qui l’a rendu
millionnaire dans les années 1970, ou de son compte
en Suisse ouvert en 1981.
• Un maire FN visé par une enquête pour abus de
confiance et condamné à un an d’inéligibilité
Six mois après son élection, le maire FN d’Hayange
(Moselle) – et conseiller “social” de Marine Le Pen –
a été rattrapé par ses factures de campagne. Comme
nous l'avions dévoilé, le candidat aurait emprunté
3 000 euros à son ex-première adjointe, dont 1 575
euros pour des tracts électoraux, sans lui rembourser
totalement la somme, ni la déclarer dans son compte de
campagne. Une enquête préliminaire a été ouverte par
le parquet de Thionville, à la suite d’une plainte de son
ancienne première adjointe pour abus de confiance,
abus de bien social et harcèlement.
Jean-Marie Le Pen et Marine Le Pen lors du congrès
du FN, à Lyon, le 30 novembre 2014. © Reuters
• Une enquête sur le patrimoine de Jean-Marie Le
Pen
Il n’y a pas que le Front national dans le viseur de
la justice. Le fondateur du FN fait lui-même l’objet
d’une enquête sur son patrimoine. Comme Mediapart
l’avait révélé, le parquet de Paris a ouvert fin 2013
une enquête préliminaire sur son patrimoine, après un
signalement de la Commission pour la transparence
financière de la vie politique.
Ses comptes de campagne ont été rejetés et le
tribunal administratif de Strasbourg l’a condamné
en décembre à un an d’inéligibilité et au nonremboursement de ses frais de campagne. Dans sa
décision, le tribunal a estimé qu’il avait « commis
un manquement d'une particulière gravité aux règles
relatives au financement des campagnes électorales ».
Fabien Engelmann rejette toute « fraude » et plaide
une « erreur technique ». Il a fait appel de ce jugement
et reste maire en attendant la décision finale du Conseil
d’État. La direction du FN, qui a été informée dès août
2014 de la situation, n’a pas agi. En mars dernier, elle
l’a même investi pour les élections départementales.
La commission avait évalué son enrichissement
personnel à 1 127 000 euros entre 2004 (le début de
son mandat) et 2009 (la fin de son mandat), et l’a jugé
suspect au vu de ses revenus officiels. Les réponses
fournies alors par Jean-Marie Le Pen (à lire ici) n'ont
pas toujours été étayées par des documents.
Les enquêteurs épluchent actuellement les comptes
bancaires et biens immobiliers du président d’honneur
du FN pour comprendre d’où vient cet argent. Son
patrimoine a déjà fait l’objet de nombreux
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